Dans la salle d’armes, les tireurs, vêtus de toile grise, avec leur veste de peau, leurs pantalons serrés aux chevilles, une sorte de tablier tombant sur le ventre, un bras en l’air, la main repliée, et dans l’autre main, rendue énorme par le gant, le mince et souple fleuret, s’allongeaient et se redressaient avec une brusque souplesse de pantins mécaniques.
D’autres se reposaient, causaient, encore essoufflés, rouges, en sueur, un mouchoir à la main pour éponger leur front et leur cou; d’autres, assis sur le divan carré qui faisait le tour de la grande salle, regardaient les assauts. Liverdy contre Landa, et le maître du Cercle, Taillade, contre le grand Rocdiane.
Bertin, souriant, chez lui, serrait les mains.
—Je vous retiens, lui cria le baron de Baverie.
—Je suis à vous, mon cher.
Et il passa dans le cabinet de toilette pour se déshabiller.
Depuis longtemps, il ne s’était senti aussi agile et vigoureux, et, devinant qu’il allait faire un excellent assaut, il se hâtait avec une impatience d’écolier qui va jouer. Dès qu’il eut devant lui son adversaire, il l’attaqua avec une ardeur extrême, et, en dix minutes, l’ayant touché onze fois, le fatigua si bien, que le baron demanda grâce. Puis il tira avec Punisimont et avec son confrère Amaury Maldant.
La douche froide, ensuite, glaçant sa chair haletante, lui rappela les bains de la vingtième année, quand il piquait des têtes dans la Seine, du haut des ponts de la banlieue, en plein automne, pour épater les bourgeois.
—Tu dînes ici? lui demandait Maldant.
—Oui.