—Et quand nous invitez-vous à déjeuner avec la duchesse?

—Dites votre jour?

Ce peintre attitré des Parisiennes, que ses admirateurs avaient baptisé un «Watteau réaliste» et que ses détracteurs appelaient «photographe de robes et manteaux», recevait souvent, soit à déjeuner, soit à dîner, les belles personnes dont il avait reproduit les traits, et d’autres encore, toutes les célèbres, toutes les connues, qu’amusaient beaucoup ces petites fêtes dans un hôtel de garçon.

—Après-demain! Ça vous va-t-il, après-demain, ma chère duchesse? demanda Mme de Guilleroy.

—Mais oui, vous êtes charmante! M. Bertin ne pense jamais à moi, pour ces parties-là. On voit bien que je ne suis plus jeune.

La comtesse, habituée à considérer la maison de l’artiste comme un peu la sienne, reprit:

—Rien que nous quatre, les quatre du landau, la duchesse, Annette, moi et vous, n’est-ce pas, grand artiste?

—Rien que nous, dit-il en descendant, et je vous ferai faire des écrevisses à l’alsacienne.

—Oh! vous allez donner des passions à la petite.

Il saluait, debout à la portière, puis il entra vivement dans le vestibule de la grande porte du Cercle, jeta son pardessus et sa canne à la compagnie de valets de pied qui s’étaient levés comme des soldats au passage d’un officier, puis il monta le large escalier, passa devant une autre brigade de domestiques en culottes courtes, poussa une porte et se sentit soudain alerte comme un jeune homme en entendant, au bout du couloir, un bruit continu de fleurets heurtés, d’appels de pied, d’exclamations lancées par des voix fortes: Touché.—A moi.—Passé.—J’en ai.—Touché.—A vous.