—Allons, je vous suis.

Il me fit traverser des couloirs où quelques vieux messieurs causaient; puis je fus introduit dans un beau cabinet, un peu sombre, tout meublé de bois noir. Un jeune homme, gras, ventru, écrivait une lettre en fumant un cigare dont le parfum me révéla la qualité supérieure.

Il se leva. Nous nous saluâmes, et quand le valet fut parti, il demanda:

—Que puis-je pour votre service?

—Monsieur, lui répondis-je, pardonnez-moi mon indiscrétion. Je n’avais jamais vu cet établissement. Les quelques mots inscrits sur la façade m’ont fortement étonné; et je désirerais savoir ce qu’on y fait.

Il sourit avant de répondre, puis, à mi-voix, avec un air de satisfaction:

—Mon Dieu, monsieur, on tue proprement et doucement, je n’ose pas dire agréablement, les gens qui désirent mourir.

Je ne me sentis pas très ému, car cela me parut en somme naturel et juste. J’étais surtout étonné qu’on eût pu, sur cette planète à idées basses, utilitaires, humanitaires, égoïstes et coercitives de toute liberté réelle, oser une pareille entreprise, digne d’une humanité émancipée.

Je repris:

—Comment en êtes-vous arrivé là?