Il répondit:

—Monsieur, le chiffre des suicides s’est tellement accru pendant les cinq années qui ont suivi l’Exposition universelle de 1889, que des mesures sont devenues urgentes. On se tuait dans les rues, dans les fêtes, dans les restaurants, au théâtre, dans les wagons, dans les réceptions du président de la République, partout. C’était non seulement un vilain spectacle pour ceux qui aiment bien vivre comme moi, mais aussi un mauvais exemple pour les enfants. Alors il a fallu centraliser les suicides.

—D’où venait cette recrudescence?

—Je n’en sais rien. Au fond, je crois que le monde vieillit. On commence à y voir clair, et on en prend mal son parti. Il en est aujourd’hui de la destinée comme du gouvernement, on sait ce que c’est; on constate qu’on est floué partout, et on s’en va. Quand on a reconnu que la providence ment, triche, vole, trompe les humains comme un simple député ses électeurs, on se fâche, et comme on ne peut en nommer une autre tous les trois mois, ainsi que nous faisons pour nos représentants concessionnaires, on quitte la place, qui est décidément mauvaise.

—Vraiment!

—Oh! moi, je ne me plains pas.

—Voulez-vous me dire comment fonctionne votre œuvre?

—Très volontiers. Vous pourrez d’ailleurs en faire partie quand il vous plaira. C’est un cercle.

—Un cercle!!...

—Oui, monsieur, fondé par les hommes les plus éminents du pays, par les plus grands esprits et les plus claires intelligences.