—Oui, disait-il, le malheur est arrivé dimanche matin, sur les huit heures... Et il contait, comme si elle l’eût écouté, n’oubliant aucun détail, disant les plus petites choses avec une minutie de paysan. Et le petit tapait toujours, lui lançant à présent des coups de pied dans les chevilles.
Quand il arriva au moment où Hautot père avait parlé d’elle, elle entendit son nom, découvrit sa figure et demanda:
—Pardon, je ne vous suivais pas, je voudrais bien savoir... Si ça ne vous contrariait pas de recommencer.
Il recommença dans les mêmes termes: «Le malheur est arrivé dimanche matin sur les huit heures...»
Il dit tout, longuement, avec des arrêts, des points, des réflexions venues de lui, de temps en temps. Elle l’écoutait avidement, percevant avec sa sensibilité nerveuse de femme toutes les péripéties qu’il racontait, et tressaillant d’horreur, faisant: «Oh mon Dieu!» parfois. Le petit, la croyant calmée, avait cessé de battre César pour prendre la main de sa mère, et il écoutait aussi, comme s’il eût compris.
Quand le récit fut terminé, Hautot fils reprit:
—Maintenant nous allons nous arranger ensemble suivant son désir. Écoutez, je suis à mon aise, il m’a laissé du bien. Je ne veux pas que vous ayez à vous plaindre...
Mais elle l’interrompit vivement.
—Oh! monsieur César, monsieur César, pas aujourd’hui. J’ai le cœur coupé... Une autre fois, un autre jour... Non, pas aujourd’hui... Si j’accepte, écoutez... ce n’est pas pour moi... non, non, non, je vous le jure. C’est pour le petit. D’ailleurs, on mettra ce bien sur sa tête.
Alors César, effaré, devina, et balbutiant: