Que ceux qui aiment les cloîtres aillent se promener dans celui-là et ils oublieront presque tous les autres vus avant lui.

Comment peut-on ne pas adorer les cloîtres, ces lieux tranquilles, fermés et frais, inventés, semble-t-il, pour faire naître la pensée qui coule des lèvres, profonde et claire, pendant qu’on va à pas lents sous les longues arcades mélancoliques?

Comme elles paraissent bien créées pour engendrer la songerie, ces allées de pierre, ces allées de menues colonnes enfermant un petit jardin qui repose l’œil sans l’égarer, sans l’entraîner, sans le distraire.

Mais les cloîtres de nos pays ont parfois une sévérité un peu trop monacale, un peu trop triste, même les plus jolis, comme celui de Saint-Wandrille, en Normandie. Ils serrent le cœur et assombrissent l’âme.

Qu’on aille visiter le cloître désolé de la chartreuse de la Verne, dans les sauvages montagnes des Maures. Il donne froid jusque dans les moelles.

Le merveilleux cloître de Monreale jette, au contraire, dans l’esprit une telle sensation de grâce qu’on y voudrait rester presque indéfiniment. Il est très grand, tout à fait carré, d’une élégance délicate et jolie; et qui ne l’a point vu ne peut pas deviner ce qu’est l’harmonie d’une colonnade. L’exquise proportion, l’incroyable sveltesse de toutes ces légères colonnes, allant deux par deux, côte à côte, toutes différentes, les unes vêtues de mosaïques, les autres nues; celles-ci couvertes de sculptures d’une finesse incomparable, celles-là ornées d’un simple dessin de pierre qui monte autour d’elles en s’enroulant comme grimpe une plante, étonnent le regard, puis le charment, l’enchantent, y engendrent cette joie artiste que les choses d’un goût absolu font entrer dans l’âme par les yeux.

Ainsi que tous ces mignons couples de colonnettes, tous les chapiteaux, d’un travail charmant, sont différents. Et on s’émerveille en même temps, chose bien rare, de l’effet admirable de l’ensemble et de la perfection du détail.

On ne peut regarder ce vrai chef-d’œuvre de beauté gracieuse sans songer aux vers de Victor Hugo sur l’artiste grec qui sut mettre

Quelque chose de beau comme un sourire humain
Sur le profil des Propylées.

Ce divin promenoir est enclos en de hautes murailles très vieilles, à arcades ogivales; c’est là tout ce qui reste aujourd’hui du couvent.