Tous les jours elle se contemplait ainsi; et sa femme de chambre, qui l’avait souvent surprise, disait avec malice: «Madame se regarde tant qu’elle finira par user toutes les glaces de la maison.»
Mais cet amour d’elle-même, c’était le secret de son charme et de son pouvoir sur les hommes. A force de s’admirer, de chérir les finesses de sa figure et les élégances de sa personne, et de chercher, et de trouver tout ce qui pouvait les faire valoir davantage, de découvrir les nuances imperceptibles qui rendaient sa grâce plus active et ses yeux plus étranges, à force de poursuivre tous les artifices qui la paraient pour elle-même, elle avait découvert naturellement tout ce qui pouvait le mieux plaire aux autres.
Plus belle et plus indifférente à sa beauté, elle n’aurait point possédé cette séduction précipitant vers l’amour presque tous ceux qui n’étaient point d’abord rebelles à la nature de sa puissance.
Un peu fatiguée bientôt de rester ainsi debout, elle dit à son image qui lui souriait toujours (et son image, dans la triple glace, remua les lèvres pour répéter):—«Nous allons bien voir, monsieur». Puis, traversant le cabinet, elle alla s’asseoir à son bureau.
Voici ce qu’elle écrivit:
«Cher Monsieur Mariolle, venez me voir demain, à quatre heures. Je serai seule, et j’espère que je vous rassurerai sur le danger imaginaire qui vous effraye.
«Je me dis votre amie, et je vous prouverai que je le suis.
«Michèle de Burne.»
Quelle toilette simple elle avait pour recevoir, le lendemain, la visite d’André Mariolle! Une petite robe grise, d’un gris léger un peu lilas, mélancolique comme un crépuscule et tout unie, avec un col qui serrait le cou, des manches qui serraient les bras, un corsage qui serrait la gorge et la taille, une jupe qui serrait les hanches et les jambes.
Quand il entra, avec un visage un peu grave, elle vint à lui, tendant les deux mains. Il les baisa, puis ils s’assirent; et elle laissa le silence durer quelques instants, pour s’assurer de son embarras.