—Une couronne sans joyau d’ailleurs, et je suis certain qu’elle donnerait tous ces cailloux du Rhin pour le brillant qui lui manque.

—Quel brillant? demanda Mariolle.

—Mais Bernhaus, le beau, l’irrésistible, l’incomparable Bernhaus, celui pour qui cette fête est donnée, pour qui on a fait ce miracle de décider Massival à faire chanter ici sa Didon florentine.

André, bien qu’incrédule, se sentit étreint par un poignant chagrin.

—Y a-t-il longtemps qu’elle le connaît? dit-il.

—Oh! non, dix jours tout au plus. Mais elle en a fait des efforts pendant cette courte campagne, et de la tactique de conquérante. Si vous aviez été ici, vous auriez bien ri.

—Ah! pourquoi donc?

—Elle l’a rencontré pour la première fois chez Mme de Frémines. J’y dînais ce soir-là. Bernhaus est très bien dans cette maison, comme vous pouvez voir; il suffit de le regarder en ce moment; et voilà, à la minute même qui suivit leur double salut, notre belle amie de Burne partie en guerre à la conquête de l’unique Autrichien. Et elle réussit, elle réussira, bien que la petite Frémines lui soit bien supérieure en rosserie, en indifférence réelle et en perversité peut-être. Mais notre amie de Burne est plus savante en coquetterie, plus femme, j’entends femme moderne, c’est-à-dire irrésistible par l’artifice de séduction qui remplace chez elles l’ancien charme naturel. Et ce n’est pas encore l’artifice qu’il faudrait dire, mais l’esthétique, le sens profond de l’esthétique féminin. Toute sa puissance est là. Elle se connaît admirablement, parce qu’elle se plaît à elle-même plus que tout, et elle ne se trompe jamais sur le meilleur moyen de conquérir un homme et de se mettre en valeur pour nous capter.

Mariolle protesta.

—Je crois que vous exagérez; avec moi elle a été toujours fort simple!