—Parce que la simplicité est le truc qui vous convient. D’ailleurs, je n’en veux pas dire de mal; je la trouve supérieure à presque toutes ses semblables. Mais ce ne sont pas des femmes.

Quelques accords de Massival les firent taire, et Mme de Bratiane chanta la seconde partie du poème, où elle fut vraiment une Didon superbe de passion physique et de désespoir sensuel.

Mais Lamarthe ne quittait pas des yeux le tête-à-tête de Mme de Frémines et du comte de Bernhaus.

Dès que la dernière vibration du piano se fut perdue dans les applaudissements, il reprit, irrité comme s’il eût continué une discussion, comme s’il eût répondu à quelque adversaire:

—Non, ce ne sont pas des femmes. Les plus honnêtes d’entre elles sont des rosses inconscientes. Plus je les connais, moins je trouve en elles cette sensation d’ivresse douce qu’une vraie femme doit nous donner. Elles grisent aussi, mais en exaspérant les nerfs, car elles sont frelatées. Oh, c’est très bon à déguster, mais ça ne vaut pas le vrai vin d’autrefois. Voyez-vous, mon cher, la femme n’est créée et venue en ce monde que pour deux choses, qui seules peuvent faire épanouir ses vraies, ses grandes, ses excellentes qualités: l’amour et l’enfant. Je parle comme M. Prudhomme. Or celles-ci sont incapables d’amour, et elles ne veulent pas d’enfants; quand elles en ont, par maladresse, c’est un malheur, puis un fardeau. En vérité, ce sont des monstres.

Étonné du ton violent qu’avait pris l’écrivain et du regard de colère qui brillait dans ses yeux, Mariolle lui demanda:

—Alors pourquoi passez-vous la moitié de votre vie dans leurs jupes?

Lamarthe répondit avec vivacité:

—Pourquoi? Pourquoi? Mais parce que ça m’intéresse, parbleu! Et puis... et puis... allez-vous défendre aux médecins d’entrer dans les hôpitaux regarder les maladies? C’est ma clinique à moi, ces femmes-là.

Cette réflexion parut l’avoir calmé. Il ajouta: