Il les regardait comme il avait regardé sa mère, le matin, avant de partir pour Trouville; il les regardait en étranger qui observe, et il se croyait en effet entré tout à coup dans une famille inconnue.
Son père, surtout, étonnait son oeil et sa pensée. Ce gros homme flasque, content et niais, c'était son père, à lui! Non, non, Jean ne lui ressemblait en rien.
Sa famille! Depuis deux jours une main inconnue et malfaisante, la main d'un mort, avait arraché et cassé, un à un, tous les liens qui tenaient l'un à l'autre ces quatre êtres. C'était fini, c'était brisé. Plus de mère, car il ne pourrait plus la chérir, ne la pouvant vénérer avec ce respect absolu, tendre et pieux, dont a besoin le coeur des fils; plus de frère, puisque ce frère était l'enfant d'un étranger; il ne lui restait qu'un père, ce gros homme, qu'il n'aimait pas, malgré lui.
Et tout à coup:
—Dis donc, maman, as-tu retrouvé ce portrait?
Elle ouvrit des yeux surpris:
—Quel portrait?
—Le portrait de Maréchal.
—Non ... c'est-à-dire oui ... je ne l'ai pas retrouvé, mais je crois savoir où il est.
—Quoi donc? demanda Roland.