Et tout cela était plein de tendresses passionnées et puériles, de mille petites choses intimes, de ces grands et simples événements du foyer, si mesquins pour les indifférents: «Père a la grippe; la bonne Hortense s'est brûlée au doigt; le chat Croquerat est mort; on a abattu le sapin à droite de la barrière; mère a perdu son livre de messe en revenant de l'église, elle pense qu'on le lui a volé.»
On y parlait aussi de gens inconnus à Jeanne, mais dont elle se rappelait vaguement avoir entendu prononcer le nom, autrefois, dans son enfance.
Elle s'attendrissait à ces détails qui lui semblaient des révélations; comme si elle fût entrée tout à coup dans toute la vie passée, secrète, la vie du coeur de petite mère. Elle regardait le corps gisant; et, brusquement, elle se mit à lire tout haut, à lire pour la morte, comme pour la distraire, la consoler.
Et le cadavre immobile semblait heureux.
Une à une elle rejetait les lettres sur les pieds du lit; et elle pensa qu'il faudrait les mettre dans le cercueil, comme on y dépose des fleurs.
Elle délia un autre paquet. C'était une écriture nouvelle. Elle commença: «Je ne peux plus me passer de tes caresses. Je t'aime à devenir fou.»
Rien de plus; pas de nom.
Elle retourna le papier sans comprendre. L'adresse portait bien
«Madame la baronne Le Perthuis des Vauds».
Alors elle ouvrit la suivante: «Viens ce soir, dès qu'il sera sorti. Nous aurons une heure. Je t'adore.»
Dans une autre: «J'ai passé une nuit de délire à te désirer vainement. J'avais ton corps dans mes bras, ta bouche sous mes lèvres, tes yeux sous mes yeux. Et puis je me sentais des rages à me jeter par la fenêtre en songeant qu'à cette heure-là tu dormais à son côté, qu'il te possédait à son gré…»