Le printemps était venu, ravivant leur amour, les jetant chaque jour aux bras l'un de l'autre, tantôt ici, tantôt là, sous tout abri où les portaient leurs courses.
Comme les feuilles des arbres étaient encore claires, et l'herbe humide, et qu'ils ne pouvaient, ainsi qu'au coeur de l'été, s'enfoncer dans les taillis des bois, ils avaient adopté le plus souvent, pour cacher leurs étreintes, la cabane ambulante d'un berger, abandonnée depuis l'automne au sommet de la côte de Vaucotte.
Elle restait là toute seule, haute sur ses roues, à cinq cents mètres de la falaise, juste au point où commençait la descente rapide du vallon. Ils ne pouvaient être surpris dedans, car ils dominaient la plaine; et les chevaux attachés aux brancards attendaient qu'ils fussent las de baisers.
Mais voilà qu'un jour, au moment où ils quittaient ce refuge, ils aperçurent l'abbé Tolbiac assis presque caché dans les joncs marins de la côte.
— Il faudra laisser nos chevaux dans le ravin, dit Julien, ils pourraient nous dénoncer de loin.
Et ils prirent l'habitude d'attacher les bêtes dans un repli du val plein de broussailles.
Puis un soir, comme ils rentraient tous deux à la Vrillette où ils devaient dîner avec le comte, ils rencontrèrent le curé d'Étouvent qui sortait du château. Il se rangea pour les laisser passer; et salua sans qu'ils rencontrassent ses yeux.
Une inquiétude les saisit qui se dissipa bientôt.
Or Jeanne, un après-midi, lisait auprès du feu par un grand coup de vent (c'était au commencement de mai), quand elle aperçut soudain le comte de Fourville qui s'en venait à pied et si vite qu'elle crut un malheur arrivé.
Elle descendit vivement pour le recevoir et, quand elle fut en face de lui, elle le pensa devenu fou. Il était coiffé d'une grosse casquette fourrée qu'il ne portait que chez lui, vêtu de sa blouse de chasse, et si pâle que sa moustache rousse, qui ne tranchait point d'ordinaire sur son teint coloré, semblait une flamme. Et ses yeux étaient hagards, roulaient, comme vides de pensée.