— Jeanne, tu n'as pas le droit de disposer de cette vie. Ce que tu fais là est lâche et presque criminel; tu sacrifies ton enfant à ton bonheur particulier.

Elle cacha sa figure dans ses mains, poussant des sanglots précipités, et elle balbutiait dans ses larmes:

— J'ai été si malheureuse… si malheureuse! Maintenant que je suis tranquille avec lui, on me l'enlève… Qu'est- ce que je deviendrai… toute seule… à présent?…

Son père se leva, vint s'asseoir auprès d'elle, la prit dans ses bras.

— Et moi, Jeanne?

Elle le saisit brusquement par le cou, l'embrassa avec violence, puis, toute suffoquée encore, elle articula au milieu d'étranglements:

— Oui. Tu as raison… peut-être… petit père. J'étais folle, mais j'ai tant souffert. Je veux bien qu'il aille au collège.

Et, sans trop comprendre ce qu'on allait faire de lui, Poulet, à son tour, se mit à larmoyer.

Alors ses trois mères, l'embrassant, le câlinant, l'encouragèrent. Et lorsqu'on monta se coucher, tous avaient le coeur serré et tous pleurèrent dans leurs lits, même le baron qui s'était contenu.

Il fut décidé qu'à la rentrée on mettrait le jeune homme au collège du Havre; et il eut, pendant tout l'été, plus de gâteries que jamais.