Chauffe-lit est une expression que l'on trouve dans nos anciens Dictionnaires. L'Académie ne l'admet pas. Le Dictionnaire de Trévoux le place au nombre des mots françois, et le définit ainsi: Ce qui sert à chauffer un lit, soit une bassinoire, un moine, ou autres ustensiles.

Quant à cette locution: chauffer un lit, elle est françoise. L'Académie dit: Chauffer un lit avec une bassinoire, chauffer des draps; et M. Molard l'emploie lui-même dans l'article où il la condamne. Chauffer ne désigne que l'action; bassiner exprime à-la-fois l'action et l'instrument avec lequel on la fait.

XV.

Chercher. On ne doit pas dire être à la cherche de quelque chose; mais dites, être à la poursuite.


Être à la poursuite n'est pas l'équivalent d'être à la cherche. Je crois qu'il faut dire être à la recherche. Le mot poursuite se rapportant aux personnes, suppose qu'elles fuient. On est à la poursuite des ennemis. Appliqué aux choses, il donne à entendre qu'elles peuvent nous échapper. On est à la poursuite d'un emploi. Recherche signifie perquisition. On est à la recherche d'un objet lorsqu'on s'occupe de découvrir où il est.

XVI.

Classique. Ce mot ne s'employoit autrefois que pour désigner les auteurs approuvés et qui ont une grande autorité; c'est la définition qu'on en trouve dans le Dictionnaire de l'Académie; mais celui de Trévoux et quelques autres disent que cet adjectif désigne aussi les livres dont on fait usage en classe. Laharpe l'emploie dans ce sens, ainsi que Geoffroi, et l'usage paroît avoir consacré cette nouvelle signification.


L'origine du mot classique doit être cherchée dans la langue latine de laquelle nous l'avons emprunté. Les citoyens de Rome étoient, comme l'on sait, divisés en diverses classes. Ceux de la première se nommoient exclusivement Classiques, cives classici. On donna dans la suite aux témoins recommandables par leur probité et leurs vertus morales l'épithète de classiques, testes classici. Enfin ce mot s'appliqua par extension aux auteurs dont l'excellence et le mérite étoient universellement reconnus, et c'est ainsi que l'on trouve dans Aulu-Gelle cette expression, auteurs classiques, scriptores classici. Ces citoyens, ces témoins, ces auteurs, chacun sous des rapports différens, faisoient autorité. L'opinion des premiers, les dépositions des seconds, le langage des troisièmes, servoient en quelque sorte de modèle et de règle. Peut-on douter que ce ne soit sur ces notions qu'est basée la définition de l'Académie françoise? Comment quelques Grammairiens n'ont-ils pas reconnu, aux termes dont elle se sert, qu'elle a voulu consacrer en quelque sorte le sens qu'indique une étymologie si glorieuse?[3]