J'ai déjà fait remarquer combien il est dangereux en grammaire d'établir le principe que M. Molard répète ici.

1.o S'il est vrai que l'on dit beaucoup de, et non pas beaucoup des, parce que beaucoup est l'équivalent de grande quantité, pourquoi ne diroit-on pas bien de gens au lieu de bien des gens? Bien n'est-il pas aussi dans ce cas l'équivalent de grande quantité?

2.o Beaucoup est-il toujours l'équivalent de une grande quantité? Le prétendre, ce seroit dire que cette phrase: j'ai beaucoup de plaisir à vous voir, signifie j'ai une grande quantité de plaisir à vous voir, ce qui est absurde.

Je placerai ici une autre observation sur le mot beaucoup. M. Molard condamne d'une manière absolue cette locution, il s'en faut de beaucoup, et veut qu'on supprime le de[9]. Cette règle n'est pas exacte; voici celle que donne l'Académie: «On dit il s'en faut beaucoup pour dire qu'il y a une grande différence. Le cadet n'est pas si sage que l'aîné, il s'en faut beaucoup. Et on dit il s'en faut de beaucoup pour dire que la quantité qui devoit y être n'y est pas. Vous croyez m'avoir tout rendu; il s'en faut de beaucoup.»

XXXVI.

Lit de camp. Dites, lit de sangle.


Un lit de camp n'est point un lit de sangle. Ces deux expressions sont également françoises; mais il ne faut pas prendre l'une pour l'autre. On appelle lit de camp ou lit brisé un lit dont les pieds se brisent, se démontent, et que l'on peut transporter dans une malle, etc. Le lit de sangle est fait de sangles attachées à deux pièces de bois soutenues par deux pieds qui se croisent.

XXXVII.

Malgré que..... Moyennant que. Malgré, moyennant sont des prépositions qui, en cette qualité, demandent un complément, et qui ne peuvent pas être suivies de la conjonction que.