Cette décision est juste; mais la raison qu'on en donne est fausse. M. Molard part toujours de ce principe erronné, que des locutions équivalentes pour le sens doivent avoir une construction semblable. On ne sauroit admettre cette règle, sans dénaturer la langue et la rendre barbare. On s'en convaincra par l'application que je vais en faire aux deux exemples suivans.
Absoudre, congédier, signifient donner l'absolution, donner congé; or, on donne l'absolution, on donne congé à quelqu'un. Dites donc, absoudre à quelqu'un; congédier à quelqu'un. En Grammaire, comme en toute autre matière, il est aisé de reconnoître la fausseté d'un principe, par l'absurdité des conséquences.
XLIV.
Paresol. Dites, parasol. Ce nom est composé de para et de sol. Le premier est une préposition grecque, qui signifie contre, c'est-à-dire contre le soleil; il signifie aussi à côté. J'en dis autant des mots parepluie, parevent: on doit dire, parapluie, paravent, en vertu de la même observation.
C'est probablement la première fois qu'on a donné à parasol une pareille étymologie. Parasol vient de l'italien para sole. Parare, en italien, signifie entr'autres choses garantir, défendre contre les incommodités, en éloignant l'objet incommode; le verbe françois parer a aussi quelquefois le même sens. C'est ce que disent les étymologistes, et entr'autres Ménage, qui ajoute que la parasol a été ainsi nommé, quia solem arcet. Cette remarque s'applique également aux mots paravent et parapluie.
XLV.
Parfaitement. Je suis très-parfaitement, ou bien parfaitement convaincu. Les mots parfaitement et parfait ne peuvent pas être modifiés en plus ou en moins. Car on ne peut rien ajouter à ce qui est parfait....... On ne dira donc pas: un des modèles les plus parfaits. La perfection est une qualité absolue: elle rejette toute modification en plus et en moins. La perfection est au plus haut degré; il n'y a que les qualités relatives qui admettent le plus ou le moins.