La perfection, considérée comme qualité absolue, ne convient qu'à Dieu. Toute perfection dans les hommes et dans leurs ouvrages n'est que relative, et admet par conséquent le plus ou le moins. On ne sauroit indiquer un ouvrage si parfait qu'on ne pût en concevoir un plus parfait encore. Aussi le mot parfait a-t-il un positif, un comparatif et un superlatif dans toutes les langues. Les écrivains du siècle de Louis XIV l'emploient très-souvent dans ces divers degrés de signification. Il me seroit aisé d'en citer de nombreux exemples; je me contenterai de rapporter les phrases suivantes, prises dans les écrits de trois hommes qui certainement savoient le françois.

«Démosthène et Cicéron, dit Rollin, sont des modèles d'éloquence les plus parfaits[12]

«Ce quelque chose qui est en moi et qui pense, dit La Bruyère, s'il doit son être et sa conservation à une nature universelle qui a toujours été et qui sera toujours, laquelle il reconnoisse comme sa cause, il faut indispensablement que ce soit à une nature universelle, ou qui pense, ou qui soit plus noble et plus parfaite que ce qui pense.»[13]

«Le plus parfait de tous les anges, dit Bossuet, qui avoit été aussi le plus superbe, se trouva le plus mal-faisant comme le plus malheureux.»[14]

XLVI.

Patte. On dit proverbialement faire sa patte, pour dire faire son profit dans une place. Cet intendant a bien fait sa patte. Cette expression n'est pas françoise; dites, il a fait son magot, expression populaire.


Magot signifie amas d'argent caché; faire son magot veut donc dire, faire un amas d'argent caché. Un homme qui veut passer incognito d'un pays dans un autre, fait son magot, et s'en va. La locution que propose M. Molard n'emporte pas avec elle l'idée de profit que le peuple attache à celle-ci, faire sa patte. Pour exprimer cette idée, il faut dire, faire ses orges.

«On dit proverbialement et figurément qu'un homme a bien fait ses orges dans une affaire, dans un emploi, pour dire qu'il y a fait un grand profit[15]

XLVII.