Près ne doit pas s'employer pour le mot auprès; près de est opposé à loin de; auprès de exprime une idée d'entour. Il est demeuré près de l'église; j'ai mes enfans auprès de moi.
Auprès de n'emporte pas l'idée d'entour. On dit très-bien avec l'Académie: Sa maison est auprès de la mienne, il loge auprès de l'église, la rivière passe auprès de la ville; comme on dit, sa maison est près de la mienne, il loge près de l'église, la rivière passe près de la ville.
Vaugelas donne aux deux locutions dont nous parlons une signification semblable. Il ajoute qu'auprès se construit également avec un nom de personne et un nom de chose, il est auprès de moi; il loge auprès de l'église: et près, avec un nom de chose seulement, il est près du palais. Cette opinion est confirmée par Patru et Thomas Corneille. Selon d'autres Grammairiens, auprès, d'ailleurs synonyme de près, exprimeroit en outre une plus grande proximité. Cette distinction est peut-être trop subtile.
LI.
Prêt, Près. Ces prépositions ne peuvent pas être employées indifféremment. Ne dites pas le sang est prêt à couler; mais dites, près de couler. Car l'adjectif prêt signifie préparé, disposé..... Le mot près marque l'approche..... On trouve quelquefois cette faute dans Racine et dans les ouvrages de J.-J. Rousseau.
La plupart des Grammairiens décident comme M. Molard, et j'ai partagé long-temps leur opinion. Il me semble aujourd'hui que la règle qu'ils donnent est trop absolue, et que dans sa généralité elle est contraire, non-seulement à l'usage suivi par nos bons écrivains, mais à l'Académie elle-même.
Il y a cent ans, que l'on écrivoit également prest à et prest de. Dans les deux cas, on donnoit à prest un féminin, et l'on disoit preste à, preste de. Il semble même qu'on évitât d'employer près dans les constructions dont il s'agit ici. Bouhours, l'un des plus illustres Grammairiens du temps, autorise les deux locutions que j'ai citées. Elles étoient encore usitées vers le milieu du 18.e siècle: les Dictionnaires le constatent. On trouve dans celui de Trévoux, édition de 1771, des phrases telles que celles-ci: Ville prête de se rendre. Fille prête de se marier, etc.
Aujourd'hui on ne dit plus prêt de; en ce cas on emploie la préposition près, et près de signifie toujours sur le point de.[16] Mais prêt à n'a-t-il jamais le même sens, et sa signification est-elle toujours restreinte à celle-ci, disposé à, préparé à? c'est ce qu'il s'agit de décider. M. Molard prononce affirmativement, et ajoute que Racine et J.-J. Rousseau ont péché contre cette règle. Si ces écrivains étoient seuls, peut-être hésiterois-je moins; mais le nombre et le caractère de ceux qui ont parlé comme eux, m'effraie et me retient. Je n'ose condamner des coupables tels que Bossuet, Rollin, Boileau, Pascal, Racine le fils, Lefranc de Pompignan, la plupart de leurs contemporains, et même plusieurs de nos auteurs modernes les plus célèbres.