Refroidir est un verbe que l'on peut employer comme actif, comme neutre et comme réciproque. Ainsi il n'est pas moins exact de dire le dîner refroidit, que le dîner se refroidit.

LV.

Rempailler, pour exprimer l'action de remettre la paille à des chaises. Ce mot ne se trouve pas dans l'Académie. Dites, empailler une chaise. Cependant ce réduplicatif me paroît nécessaire pour exprimer l'action par laquelle on remet de la paille à une chaise. On pourroit dire rempailler, comme on dit refaire.


S'il n'est pas permis d'employer rempailler, il ne faudra pas se servir non plus de repeindre, retailler, rouvrir, repolir, pour dire, peindre, tailler, ouvrir, polir une seconde fois; car toutes ces expressions, comme celle que condamne M. Molard, ne se trouvent point dans l'Académie. Rien n'est plus ordinaire que de voir des personnes d'ailleurs très-instruites, rejeter un très-grand nombre de réduplicatifs que l'on trouve dans nos meilleurs auteurs, anciens et modernes, et s'autoriser sur ce point du silence de l'Académie. Il me semble que plus on veut être sévère en matière de langage, plus on doit se tenir sur ses gardes, afin de ne condamner que ce qui doit l'être. C'est sur-tout alors qu'il importe de connoître le plan d'après lequel a été fait un Dictionnaire, et d'en bien saisir l'esprit. M. Molard se seroit dispensé de faire l'article qui donne lieu à ces remarques, s'il eût eu l'attention de lire, ou plutôt s'il se fût rappelé la Préface du Dictionnaire de l'Académie. Les rédacteurs s'expriment ainsi:

«Il a paru qu'il n'étoit pas nécessaire de rapporter le réduplicatif de chaque verbe, lorsque ce réduplicatif ne signifie que la réitération de la même action, comme reparler qui ne veut dire que parler une seconde fois. Mais lorsqu'un verbe, qui dans un sens est réduplicatif, a un autre sens dans lequel il ne l'est point, comme redire, qui signifie souvent autre chose que dire une seconde fois, on lui donne une place dans son rang alphabétique.»[20]

LVI.

Rêver, dans le sens de faire un songe en dormant, veut être suivi de la préposition de, et non de la préposition à. On dit, j'ai rêvé de vous, et non j'ai rêvé à vous, etc.