Le verbe rêver, dans le sens que lui donne M. Molard, rejette quelquefois également la préposition à et la préposition de. «Si nous rêvions toutes les nuits la même chose, dit Pascal, elle nous affecteroit peut-être autant que les objets que nous voyons tous les jours.»

L'Académie, au mot rêver, dit: «Il est quelquefois actif, j'ai rêvé telle chose; voilà ce que j'ai rêvé; vous avez rêvé cela.»

LVII.

Rien. Le mot rien n'admet jamais les mots pas et point, qui sont le complément de la négation. Ainsi Racine a eu tort de dire dans les Plaideurs:

On ne veut pas rien faire ici qui vous déplaise.


La décision que l'on vient de lire est juste. Mais d'après les termes dont M. Molard se sert en condamnant une phrase vicieuse en elle-même, on pourroit croire que Racine ignoroit qu'il ne faut pas construire le mot rien avec la négation pas, et l'on auroit tort.

Autrefois, rien n'étoit plus commun dans certaines classes de la société, que la locution vicieuse dont il s'agit ici. Racine l'a placée à dessein dans la bouche du fils de Dandin, Léandre, qui, dans la scène dont il est question, joue le rôle de commissaire. C'est ce que fait observer Louis Racine, dans ses Remarques sur les tragédies de son père; il déclare que cette faute a été commise exprès. M. Luneau-de-Boisjermain trouve, il est vrai, cette apologie puérile; cela n'étonne pas dans un homme qui s'imaginoit savoir mieux le françois que celui dont il commentoit les œuvres. L'abbé d'Olivet, critique beaucoup plus éclairé, dit positivement: «Racine n'a usé de ce barbarisme que pour faire rire.» Je n'ignore pas que ce Grammairien ajoute: «Pourquoi chercher dans un langage corrompu le germe de la bonne plaisanterie?» Mais cette question peut aussi bien s'appliquer à ces vers:

Quand je vois les états des Babyboniens,
Transférés des Serpens aux Nacédoniens, etc.

qu'au vers qui fait le sujet de cet article. Comme ce tort, si c'en est un, n'est pas celui que reproche M. Molard, et n'a aucun rapport à la Grammaire, je ne m'y arrêterai pas.