Pendant ce temps, ses amoureux attendaient sur la terrasse qu’elle vînt les rejoindre comme elle l’avait promis, et la grosse Gisèle s’efforçait en vain d’organiser une partie de cachette. Les hommes manquaient d’entrain; madame de Tourville craignait d’abîmer sa robe; et madame de Juzencourt se promenait avec Jean de Blaye et madame de Nézel. Bientôt elle revint seule; et comme, tenace, mademoiselle de La Balue voulait l’entraîner à jouer, elle refusa avec énergie. Elle n’allait certes pas courir, quand elle avait déjà beaucoup trop chaud en marchant: elle avait dû quitter Thérèse de Nézel et M. de Blaye... elle n’en pouvait plus!...
Restés seuls, Jean et madame de Nézel avaient continué leur promenade. Elle, simple, achevant la conversation commencée; lui, préoccupé et inquiet. A la fin, n’y tenant plus, il demanda:
—Pourquoi ne me faites-vous pas de reproches?... pourquoi ne me dites-vous pas toutes les choses mauvaises que vous pensez de moi?...
Elle répondit, très douce:
—Parce que je n’ai pas de reproches à vous faire... parce que je ne pense pas de vous des choses mauvaises...
—Alors, c’est que vous ne m’aimez plus?...
Elle dit, d’un accent tellement douloureux qu’il en fut bouleversé:
—Je ne vous aime plus?... moi!...
Il se sentait si profondément aimé qu’il recula à l’idée de l’affreuse peine qu’il allait causer s’il était sincère. Et, affectueusement, il s’efforça de mentir:
—Oui,—dit-il, improvisant difficilement une excuse à laquelle il n’avait pas songé, vous avez dû croire que je ne pensais pas à vous?... depuis quinze jours que vous êtes aux Pins, je ne vous ai pas encore fait signe... c’est que... trouver un gîte à Pont-sur-Loire est difficile pour moi qui suis très connu... et j’ai craint que... et puis... pour vous aussi... pour venir en ville...