—C’est-y point qu’vous voulez descendre?...
—Non... merci!... je viens seulement vous faire une commission de la part de grand’mère... c’est pour le déjeuner de la Confirmation... c’est lundi prochain... mais vous devez savoir ça, vous qui êtes maire?...
—Oui... j’le sais!...
—Eh bien, grand’mère voudrait avoir ce jour-là de très belles pêches... de très belles poires... enfin, beaucoup de belles choses qui poussent dans le potager des Borderettes...
—On vous portera tout ça, mademoiselle Denyse!... Madame la marquise peut êt’ tranquille... ça sera bié choisi...
Puis, voyant que la jeune fille faisait tourner son cheval, il dit, la regardant avec une admiration en quelque sorte hébétée:
—C’est-y qu’vous r’partez déjà?... vous n’voulez-t’y point vous rafraîchir un brin?... un bol d’lait?... qu’c’est qu’vous aimez tant l’bon lait!...
Il ajouta, persuasif, en prenant la bride de Patatras:
—Ça fera r’poser un brin aussi le ch’va... qu’c’est qu’il a bié chaud...
Le langage de «maît’ Lavenue» amusait toujours Bijou. Ce grand diable de Normand, émigré en Touraine depuis plus de dix ans, n’avait rien perdu de son accent primitif.