—Mais non... mais non!... c’est moi qui ai deviné ça!... moi toute seule... j’aime tant Jeanne, voyez-vous!... je sais tout ce qui se passe en elle... et je serais si malheureuse de lui causer un chagrin... ou même l’ombre d’une inquiétude... comprenez-vous ce que je vous dis là?...

—Je comprends que vous êtes un ange de bonté, mademoiselle... et qu’ils ont raison, ceux qui vous aiment!...

Bijou, les yeux à terre, la respiration un peu oppressée, le teint subitement coloré, les narines agitées d’un imperceptible battement, écoutait sans répondre le jeune professeur.

Alors il passa son bras autour d’elle, saisit la petite main souple qu’elle lui abandonna, et l’entraîna au milieu des valseurs.

M. Spiegel valsait à ravir à trois temps, et Bijou adorait la valse. Toute rose, les yeux à demi fermés, les lèvres entr’ouvertes sur ses petites dents éclatantes, la taille cambrée contre le bras du jeune homme, elle tourna tant que l’orchestre joua. Plusieurs fois elle passa sans la voir près de la pauvre Jeanne cahotée par Pierrot, qui lui sautait sur les pieds ou la cognait éperdument à un meuble quelconque.

Et lorsque, entre temps, Jeanne s’arrêtait pour reprendre haleine, Pierrot lui parlait avec volubilité de sports ignorés d’elle absolument.

—Voyez-vous,—disait-il en avançant fièrement son pied énorme et son formidable genou,—je suis un médiocre danseur, mais un très bon joueur de football... L’équipe de notre lycée viendra cet hiver courir un match avec l’équipe de Pont-sur-Loire... vous devriez voir ça... ça sera très chic!... moi, je joue arrière... vous verriez quels beaux plaquages!...

Comme Jeanne, sans répondre, suivait d’un œil inquiet son fiancé qui passait et repassait devant elle, heureux d’emporter Bijou dans ce tournoiement rapide et doux, il demanda:

—Je vous ennuie?... voulez-vous que nous repartions?...

—Non!...—dit-elle, la voix changée,—je me sens un peu mal à l’aise... j’ai trop chaud!... voulez-vous me conduire auprès de papa qui joue là-bas... je voudrais m’en aller!...