En arrivant dans la cour du château de Barfleur — un grand château Louis XV en briques et granit — Coryse aperçut à une fenêtre du rez-de-chaussée la vicomtesse de Barfleur, assise devant une grande table, et très occupée à couvrir des pots de confitures. Sa besogne l'absorbait tellement qu'elle n'entendit point passer les chevaux. Chiffon, qui d'abord avait eu l'idée de s'approcher de la fenêtre et de débiter sans entrer son petit discours, réfléchit que peut-être ça ne serait pas suffisamment poli, et descendit de cheval aux écuries, lorsqu'on lui eut répondu que madame la vicomtesse était là.

On la fit entrer dans le billard, où elle attendit pendant un temps qui lui sembla fort long. Et, tout en faisant les cent pas dans la grande pièce nue, sans un tableau, ni un bibelot, ni une fleur, elle se disait rageusement :

— Ah çà!… est-ce qu'elle va achever de couvrir tous ses pots de confitures avant de me recevoir… la mère Barfleur?…

Enfin, le domestique qui l'avait introduite reparut :

— Si mademoiselle d'Avesnes veut bien venir?… je cherchais madame la vicomtesse dans le parc… et elle était au salon…

Coryse pensa :

— Non… elle était à l'office!… mais probablement elle ne trouve pas chic qu'on le sache!…

Et elle trottina derrière le domestique, à travers une longue enfilade de pièces d'un aspect désolé.

— Brrr!… — fit-elle en frissonnant presque — c'est pas rigolo, ici!… le père de Ragon et la mère Barfleur se trompent s'ils croient que j'épouserai «Deux liards de beurre»!… car je crois qu'ils le croient!… ah!… non!… non!… non!…

Le duc d'Aubières, à son arrivée dans le pays, avait demandé à l'oncle Marc, en lui montrant le petit Barfleur debout dans l'embrasure d'une porte pendant un bal :