Il s'inclina :

— C'est probablement un air qui m'est naturel… mais la fatigue n'y est pour rien…

Madame de Barfleur, qui ne pouvait pas — quelque désir qu'elle en eût — placer Coryse à côté de son fils, avait du moins voulu éviter le voisinage inquiétant du beau Trêne ou de M. de Bernay, tous deux à marier et chasseurs de dots. Elle avait donc installé la petite d'Avesnes entre le duc d'Aubières qu'elle savait sans danger et M. de Liron.

Pendant tout le dîner, Chiffon ravie d'être près du colonel avait gaiement causé de ce qui les intéressait tous deux : de l'oncle Marc, de Gribouille et de Joséphine, et aussi de peinture et de choses d'art, M. d'Aubières étant beaucoup plus cultivé et intelligent que la plupart des gens du monde. Et, vers la fin, tandis que les conversations devenaient bruyantes et que personne ne faisait attention à eux, Chiffon lui avait raconté tout bas la cour que lui faisaient «les Barfleur», les insinuations du père de Ragon, et les petites manœuvres contre lesquelles il lui fallait lutter.

— Et — avait demandé le duc — qu'est-ce que Marc dit de tout ça?…

— Il trouve que c'est idiot, vous pensez?… et pourtant… c'est lui qui a voulu que je dîne ici ce soir… et qui m'a donné une robe pour y venir… je ne sais pas ce qu'il a, l'oncle Marc… mais depuis quelque temps il change… il n'est plus du tout le même avec moi…

— Comment ça?…

— Je ne peux pas trop vous expliquer… il est fantasque… il me bouscule sans que je le mérite… c'est des riens… mais c'est quelque chose tout de même…

— J'irai le voir demain matin… je lui ai dit adieu si en courant le jour de ma fugue…

— A propos de ça… — demanda Chiffon, en levant timidement ses yeux clairs sur le duc — vous n'avez plus de chagrin, au moins?…