Puis, revenant à son idée :
— Je vais encore le chercher?…
— Mais non!… — fit madame de Bray, avec humeur — reste ici… on va commencer à arriver…
La gaie frimousse de la petite s'assombrit :
— Ah! mon Dieu!… c'est vrai!… il est dix heures!… qui est-ce qui va arriver les premiers?… j'parie que c'est les plus embêtants de tous!… Patatras!… quand je le disais!… c'est les Bassigny!…
C'était en effet madame de Bassigny, très serrée dans une éclatante robe argentée ; suivie du colonel, sanglé aussi dans un uniforme un peu étroit, qui remontait barrant le dos d'un grand pli à la hauteur des épaules. Madame de Bassigny sembla vexée d'arriver la première. Elle ne trouvait pas ça chic, et rejeta cette faute d'élégance sur le colonel.
Puis, d'un ton pointu, elle demanda à Coryse «si sa discussion politique de la veille ne l'avait pas empêchée de dormir?…» La petite répondit «qu'elle avait un si excellent sommeil qu'elle dormait toujours, même après les plus embêtantes soirées»… et les arrivants interrompirent la conversation qui tournait à l'aigre.
Le petit Barfleur entra, collé aux jupes de sa mère et visiblement inquiet des suites de sa déclaration. Il s'avouait que vraiment il l'avait «fait un peu trop à la passion», et n'était pas resté dans la note.
L'accueil indifférent de Chiffon, qui semblait ne se souvenir de rien, le rassura tout à fait et il reprit vite son bel aplomb ; allant, venant, caquetant à tort et à travers, et remplissant les salons de sa papillonnante et minuscule personne.
L'entrée du comte d'Axen lui fit l'effet d'une douche. Il commença par l'examiner avec un grand respect, ému en quelque sorte par la présence d'un prince «pour de bon» ; mais bientôt, il oublia le prince et ne vit plus que «le rival».