— D'autant plus — dit timidement M. de Bray — que, sans être riche, tu as cependant une dot…
— Une dot?… — fit l'enfant étonnée — une dot que toi tu me donnes, alors?…
Ses tendres yeux d'un gris très pâle, qui riaient à travers des cils bruns étonnamment longs et touffus, vinrent se poser affectueusement sur son beau-père.
Agacée, madame de Bray reprit d'un ton sec :
— Inutile de lui apprendre ce qu'elle n'a pas besoin de savoir… et de la rendre encore plus difficile…
— Comment, difficile?… — s'écria Coryse indignée, — difficile en quoi?… j'ai eu seize ans il y a trois mois… et personne n'a encore demandé à m'épouser, que je sache?…
— Si!… quelqu'un te demande… et tu refuses avant même de savoir qui…
— Parce que je ne veux pas épouser un officier… ça, jamais!… j'en vois ici, des femmes d'officiers!… il n'en manque pas dans les quatre régiments… Eh bien, pour rien au monde, je ne voudrais être à leur place!… je n'ai pas un caractère à ça… je ne suis pas assez polie… je sens que si mon colonel avait une femme comme madame de Bassigny, par exemple… rien ne pourrait me décider à lui faire des visites, rien!…
Et se tournant vers le fond du salon, comme pour y chercher un appui, elle demanda :
— N'est-ce pas, j'ai raison, oncle Marc?…