— C'est toi qui ne l'es pas assez!… ta mère a raison quand elle te reproche tes façons et ton langage… oui… tu as des manières de garçon et tu parles comme les enfants de la rue…

— Dame!… c'est les seuls qui m'amusaient à écouter quand j'étais petite… c'est pas ma faute si j'ai jamais pu trouver un mot à dire à mes cousines de Lussy… ni aux «petites demoiselles du général», — comme disait Claudine, — qui arrivaient pour goûter avec moi en robe de soie et frisées au petit fer!… j'avais beau me torturer l'imagination… je restais les bras ballants en face d'elles, riant bêtement… et me moquant moi-même de moi… mais je n'y pouvais rien!… elles me parlaient comme on m'a pourtant appris à parler… et je ne les comprenais pas!… elles faisaient des liaisons!… et y a rien qui me trouble comme ça!… c'est si drôle!… il me semble toujours qu'on joue la comédie… n'est-ce pas, oncle Albert?… vous saisissez?…

— Oui… oui… je saisis… mais ne parle pas tant… et mange ton bœuf qui va être froid…

— Il sera bon tout de même!… c'est si bon, le bœuf!… encore une chose qu'on ne mange jamais à la maison!…

— Ta mère ne l'aime pas, je crois?…

— C'est pas qu'elle l'aime pas!… mais elle ne veut pas qu'on le serve… elle dit que c'est un plat peuple… et tout ce qui est peuple… que ce soit un plat ou autre chose…

— Oui… c'est bon!… mange!…

— En attendant, vous ne m'avez toujours pas donné de conseil?…

— Pourquoi faire?…

— Ben, pour M. d'Aubières…