— Mais… Chiffon!… — balbutia timidement la tante Mathilde, indiquant du regard le domestique qui s'empressait d'ajouter un couvert.
— Bah!… qu'est-ce que ça fait?… M. d'Aubières a dû me demander vers quatre heures… on me l'a dit à cinq… ce soir une partie de la ville le saura… et demain ma mère l'apprendra au reste… ça a l'air grand… comme ça, Pont-sur-Sarthe!… et on dit qu'il y a quatre-vingt mille habitants!… ben, ça n'empêche pas qu'un potin a vite fait d'en faire le tour… vous le saviez, vous, que M. d'Aubières veut m'épouser?…
— Mais — dit M. de Launay — nous le savons par ta mère… qui est venue nous le dire, et nous inviter à aller chez elle ce soir…
— Ah!… parfaitement!… on veut le présenter à la famille… me forcer à dire oui!…
La tante protesta :
— Mais on n'a pas à nous le présenter… nous le connaissons depuis qu'il est en garnison ici… et il y a déjà longtemps…
— Il y a un an!… la première fois que l'oncle Marc l'a amené dîner, il a dîné à côté de moi… j'avais encore mes robes courtes… il m'a parlé tout le temps de rallye-paper et de chasse… ce que je me suis embêtée pendant ce dîner-là!…
— Chiffon! — fit madame de Launay d'un ton de reproche — un gros mot!… encore!…
Elle s'étonna :
— Un gros mot!… où donc ça?… Oh!… c'est «embêtant» que vous appelez un gros mot?… c'est vous qui êtes si correcte que ça, tante Mathilde!…