— Corysande!… ma fille chérie!… je n'ai que toi au monde!… tu es mon seul amour!… ma seule joie!… je n'ai vécu que pour toi!… depuis le jour où tu es née, je n'ai jamais eu d'autre préoccupation que toi!…
Si habituée que fût Chiffon aux crises lyriques de sa mère, elle éprouvait toujours une vague surprise en présence de ce formidable aplomb qui, malgré elle, la démontait et lui semblait très comique. Elle écoutait, la bouche entr'ouverte, l'œil luisant, les tempes soulevées par le petit battement précurseur du fou rire. Elle baissa le nez, craignant d'éclater si elle regardait la mine ahurie du marquis et l'air narquois de l'oncle Marc, et ne répondit rien.
La marquise reprit :
— Tu as toujours été profondément ingrate, je le sais… et je ne tenterai pas de te changer… je n'espère donc pas que tu fasses quoi que ce soit pour moi ni pour personne… mais c'est dans ton propre intérêt que je te supplie de réfléchir… de ne pas prendre à la légère cette détermination…
— Je ne la prends pas non plus à la légère… — dit gravement Chiffon.
— Tu la prends sans consulter personne…
— Si… et tous ceux que j'ai consultés me répondent que je n'ai… dans ce cas… à prendre conseil que de moi-même…
La marquise joignit les mains, et, tragique :
— Je te conjure une dernière fois d'attendre avant de répondre… de voir des gens éclairés…
D'un air indifférent, elle continua :