— Comment, vous ne comprenez pas?… mais il me semble que c'est pourtant limpide!… j'aime M. d'Aubières comme j'aime madame de Jarville, par exemple… ou l'abbé Châtel… je les aime pour les aimer… mais pas pour les épouser, sapristi!…
— Mon enfant, je vois que vous ignorez ce que c'est que le mariage…
— Ça, sûr! que je l'ignore!… mais enfin, je m'en fais une idée… on se fait toujours une idée des choses, s'pas?… eh bien, moi, en me mariant… je veux aimer celui qui sera mon mari autrement que je n'aime M. d'Aubières et l'abbé Châtel… et voilà!…
— Oui… vous êtes un peu sentimentale… comme toutes les jeunes filles…
— Moi?… — s'écria Chiffon, indignée, — pas pour deux sous sentimentale!…
Et réfléchissant, un peu troublée malgré elle, elle rectifia :
— Excepté peut-être pour les fleurs… et le ciel… et les rivières… c'est vrai que j'aime assez à me coucher par terre et à rêvasser devant tout ça… oui!… enfin, mettons que je suis sentimentale pour les choses… et même pour les bêtes, si vous voulez… mais pour les gens?… ah! fichtre non!… j'suis pas sentimentale!…
Positivement stupéfié par cette façon de parler, le père de Ragon demanda, avec un sourire de mépris aimable au coin de ses lèvres très sinueuses et très minces :
— Par qui donc êtes-vous élevée, ma chère enfant?…
Sans paraître voir l'ironie, elle répondit :