[3] Ibid., p. 11, colonne 2, ligne 7.
[4] Ibid., p. 11, colonne 2, lignes 26, 27.
[5] Livre de Leinster, p. 11, colonne 2, lignes 28–31. Ici le fils de Delbaeth s'appelle Fiachna, comme dans le Livre des conquêtes (Livre de Leinster, p. 9, col. 2, lignes 44–45), et non Fiachach comme dans le poème de Gilla Coemain, Livre de Leinster, p. 127, colonne 2, ligne 6.
[6] Voici le texte de Tigernach d'après le fac-similé publié par M. Gilbert, part I, pl. XLIII: «In anno XVIII Ptolomei fuit initiatus regnare in Emain Cimbaed filius Fintain qui regnavit xxviii annis. Tunc Echu Buadach, pater Ugaine, in Temoria regnare ab aliis fertur, liquet prescripsimus olim Ugaine imperasse. Omnia monumenta Scottorum usque Cimbaeth incerta erant.» La dix-huitième année de Ptolémée Lagus dont il s'agit plus haut, et qui, suivant Tigernach, aurait régné quarante ans (323–283), est l'an 305 avant J.-C. Le manuscrit reproduit ici est conservé à la bibliothèque Bodléienne d'Oxford, sous la cote Rawlinson B 502. M. Gilbert a le premier donné ce passage exactement.
§ 2.
Milé et Bilé ancêtres de la race celtique.
Les Tûatha Dê Danann restèrent, dit-on, maîtres de l'Irlande jusqu'à l'arrivée des fils de Milé. Milé, au génitif Miled, ancêtre mythique des Irlandais, autrement dits Gôidels ou Scots, n'était pas inconnu des Celtes continentaux. On a trouvé dans la partie de la Hongrie qui, sous l'empire romain, était comprise dans la Pannonie inférieure, ancienne dépendance de l'empire gaulois, de nombreuses inscriptions gravées sur des monuments funéraires, qui couvrent les tombes d'hommes d'origine gauloise. Une de ces inscriptions a été écrite pour rappeler la mémoire de Quartio, fils de Miletumarus, par ordre de Derva, sa veuve[1]. Derva porte un nom gaulois qui veut dire «chêne;» Miletu-marus est composé de deux termes: le second, marus, en gaulois mâros, veut dire «grand;» quant au premier, miletu, il nous offre la forme que prenait dans les composés, quand il était premier terme, le thème consonantique gaulois milet, dont le nominatif devait être miles pour milets, en irlandais Milé[2]; et le génitif miletos, en irlandais Miled. Miletumarus veut dire «grand comme Milé.» Ainsi le personnage mythique qui est, en Irlande, l'ancêtre de la race celtique était connu sur les bords du Danube comme sur les côtes de l'Océan dans la plus occidentale des Iles Britanniques.
Milé était fils de Bilé. Bilé est, comme Balar, un des noms du dieu de la mort. La racine bel, «mourir,» change souvent son e radical en a quand la désinence contient un a: atbalat pour *ate-belant[3], «ils meurent;» Balar pour Belar nous offre l'exemple d'un phénomène identique. Quant, au contraire, la désinence contient un i, l'e radical de la racine bel se change en i: epil, «il meurt,» pour *ate-beli[4]. Dans Bile pour *Belios, le même phénomène s'est produit.
Milé fils de Bilé, a donc pour père le dieu de la mort, le dieu celtique que César a appelé Dis pater. Les Gaulois, dit-il, prétendent qu'ils descendent tous de Dis pater, dieu de la mort, ab Dite patre[5]. Dis paraît contracté pour dives, Dite pour divite[6]. Ce nom divin était celtique en même temps que romain: dîth est un des noms de la mort en vieil irlandais. On le trouve aussi écrit dîith avec deux i[7]; il paraît avoir perdu un v primitif entre ces deux voyelles, comme le latin dite pour divite; dîith s'écrit pour dîvit, et le nom gaulois Divitiacus, porté au temps de César par un druide éduen bien connu[8], avant ce temps par un roi des Suessions[9], paraît un dérivé de ce mot.
[1] Corpus inscriptionum latinarum, t. III, première partie, p. 438, nos 3404, 3405.