§ 1.
Arrivée des fils de Milé en Irlande.

Les compagnons d'Ith rapportèrent dans le pays des morts, ou, comme dit la rédaction chrétienne, en Espagne, le cadavre de leur chef. La race de Milé considéra le meurtre d'Ith comme une déclaration de guerre. Pour venger cet attentat, elle résolut d'émigrer en Irlande et de faire la conquête de cette île sur les assassins. Trente-six chefs, dont on donne les noms, commandaient la race de Milé.

Chacun d'eux eut son navire, où sa famille et ses hommes montèrent avec lui; mais tous les passagers n'arrivèrent pas au but. L'un des fils de Milé étant monté sur le haut d'un mât pour voir l'Irlande, se laissa tomber dans la mer et y périt. L'homme de lettres, le savant, le file de la flotte était Amairgen, surnommé Glûngel, «au genou blanc,» fils de Milé; sa femme mourut en route. La flotte atteignit la côte d'Irlande dans l'endroit où déjà Ith avait débarqué, à la pointe sud-ouest. On donna au lieu du débarquement le nom Inber Scêné[1]; Scêné était le nom de la femme d'Amairgen, qui fut enterrée dans cet endroit.

Le jour où arrivèrent les fils de Milé fut le 1er mai, un jeudi, dix-septième jour de la lune[2]. Partholon avait aussi débarqué en Irlande le 1er mai, bien qu'à un jour différent de la semaine et de la lune, c'est-à-dire le mardi, quatorzième jour de la lune; c'était aussi un premier jour de mai qu'avait commencé l'épidémie qui, en une semaine, avait détruit sa race. Le 1er mai était consacré à Belténé[3], un des noms du dieu de la mort, du dieu qui a donné aux hommes et qui leur reprend la vie. Ainsi, une fête de ce dieu est le jour où commença la conquête de l'Irlande par la race de Milé.

[1] Ce serait le nom autrefois porté par la rivière de Kenmare dans le comté de Kerry. Hennessy, Chronicum Scotorum, p. 389. C'est déjà là qu'on avait fait débarquer Nemed.

[2] Flathiusa hErend, dans le Livre de Leinster, p. 14, col. 2, lignes 50–51. Chronicum Scotorum, édition Hennessy, p. 14. D'après le document intitulé Flathiusa hErend, les fils de Milé seraient arrivés en Irlande au temps du roi David, c'est-à-dire au onzième siècle avant notre ère. Les Quatre Maîtres placent le même événement 1700 ans avant J.-C.

[3] Beltene ou Beltine est dérivé de l'infinitif *beltu, génitif *belten, datif *beltin, conservé en vieil irlandais dans le composé epeltu, «mort» = *ate-belatu. Grammatica celtica, 2e édition, p. 264.


§ 2.
Premier poème d'Amairgen. Doctrine panthéiste qu'il exprime; comparaison avec un poème gallois attribué à Taliésin et avec le système philosophique de Jean Scot dit Eringène.