En mettant le pied droit sur la terre d'Irlande, le file Amairgen, fils de Milé, chanta un poème panthéiste en l'honneur de la science qui lui donnait une puissance supérieure à celle des dieux, dont elle tirait cependant son origine; il chanta la louange de cette science merveilleuse qui allait assurer aux fils de Milé la victoire sur les Tûatha Dê Danann. En effet, cette science divine pénétrant les secrets de la nature, en saisissant les lois, en connaissant les forces, était, suivant la prétention de la philosophie celtique, un être identique à ces forces elles-mêmes, au monde matériel et visible; et posséder cette science, c'était posséder la nature entière.
«Je suis,» dit Amairgen, «le vent qui souffle sur la mer;
Je suis la vague de l'océan;
Je suis le murmure des flots;
Je suis le bœuf aux sept combats;
Je suis le vautour sur le rocher;
Je suis une larme du soleil;
Je suis la plus belle des plantes;
Je suis sanglier par la bravoure;
Je suis saumon dans l'eau;