[3] Voir, par exemple, Odyssée, livre XVII, vers 485–488. Les dieux, sous l'apparence d'étrangers, dit le poète, se présentent partout, parcourant les villes, observant les hommes et les mauvaises actions des hommes. Cf. plus haut, [p. 186].

[4] Lebar gabala ou Livre des conquêtes, dans le Livre de Leinster, p. 14, col. 1, lignes 47–51.

[5] Flathiusa Erend, dans le Livre de Leinster, p. 15, col. 1, lignes 8–14.


§ 8.
Comparaison entre les traditions irlandaises et les traditions gauloises.

Dans ce récit, les traits fondamentaux doivent provenir de traditions qui ne sont pas seulement irlandaises, mais qui ont appartenu en commun à la race celtique. Les Gaulois, comme les Irlandais, croyaient descendre du dieu des morts; comme les Irlandais, ils pensaient que le domaine du dieu des morts appartenait à la géographie, que c'était une contrée réelle, située au delà de l'Océan. C'était la région mystérieuse où les marins gaulois des côtes de l'Océan, montés sur des navires d'origine inconnue, conduisaient la nuit, d'un coup de rame ou en l'espace d'une heure, des morts invisibles[1]. La population préceltique de la Gaule n'en venait point.

Il y avait en Gaule, disaient les druides vers la fin du premier siècle avant notre ère, une population indigène: c'est la population antérieure à la conquête celtique; c'est celle qui est connue en Irlande sous le nom de Fir-Bolg, Fir-Domnann, Galiôin. Un second groupe, ajoutaient les druides, venait des îles les plus éloignées, c'est-à-dire du pays des morts, des îles des Bienheureux ou des tout-puissants de la mythologie grecque: c'était la population celtique qui la première, à une époque préhistorique, antérieurement à l'année 500 ou environ avant J.-C., antérieurement à Hécatée de Milet[2], avait franchi le Rhin et s'était installée dans les régions situées à l'ouest de ce grand fleuve. A la date où Timagène recueillait cet enseignement des druides, c'est-à-dire vers la fin du siècle qui précède la naissance de J.-C., les Celtes de ce premier ban avaient perdu le souvenir de leur établissement en Gaule, et, quant à leur origine, n'avaient plus d'autre croyance que la doctrine druidique sur l'origine mythique du Celte. Enfin, un troisième groupe avait été formé par les peuples celtiques du second ban, primitivement établis sur la rive droite du Rhin, et que, du troisième au premier siècle avant notre ère, la conquête germanique en avait expulsés en les forçant à chercher un refuge sur la rive gauche de ce fleuve, ou même plus à l'Ouest, dans diverses régions de la Gaule[3]. On avait conservé le souvenir de leur arrivée de ce côté-ci du Rhin.

Des trois articles dont se composait l'enseignement des druides sur l'ethnographie gauloise, le second appartient à la mythologie: c'est celui qui fait sortir des îles les plus éloignées la population celtique la plus anciennement établie en Gaule. Le troisième article, qui donne une origine transrhénane à des Gaulois plus récemment arrivés sur notre sol, est du domaine de l'histoire. Quant au premier article, où les populations les plus anciennes de la Gaule, c'est-à-dire les populations préceltiques, sont présentées comme indigènes, il est conforme à la croyance généralement admise dans l'antiquité, où l'on considérait comme indigènes les peuples dont les migrations étaient oubliées; et il est d'expérience que le souvenir des migrations un peu anciennes s'efface toujours de la mémoire des peuples qui n'ont pas d'annales écrites.

[1] Voir plus haut, p. [231–232].

[2] «Μασσαλία, πόλις τῆς Λιγυστικῆς κατὰ τὴν Κελτικήν.» Fragmenta historicorum græcorum, t. I, p. 2.