§ 2.
La race celtique a-t-elle cru à la métempsycose pythagoricienne? Opinion des anciens sur cette question.

La seconde naissance de Find est quelque chose de beaucoup plus extraordinaire. Nous avons déjà vu qu'Etâin naquit deux fois; mais Etâin est une déesse, une sîde, banshee, comme on dit en Irlande; une fée, pour parler la langue des contes français. Ses deux vies, la première dans le monde des dieux, l'autre dans le monde des hommes, où une naissance contraire aux lois de la nature la fait pénétrer, ont, d'un bout à l'autre, un caractère merveilleux; ainsi les prodiges de la seconde vie d'Etâin s'expliquent par sa première vie qui est divine.

Mais Find n'est pas un dieu: les Irlandais ne le conçoivent point comme tel; or il est né deux fois, et pendant sa seconde vie, où il s'appelait Mongân, il se rappelait la première, pendant laquelle son nom était Find. Telle a été aussi l'histoire de Tûan mac Cairill. Tûan, après avoir été homme une première fois, a revêtu successivement plusieurs corps d'animaux; puis une naissance nouvelle lui a rendu un corps d'homme, et sous cette dernière forme il avait gardé le souvenir des événements dont il avait été témoin au temps de ses vies précédentes, notamment durant la première, quand il s'appelait Tûan mac Stairn[1]. Le phénomène est identique à celui que nous offre Mongân conservant la mémoire de ce qu'il avait vu quand il était Find.

Tûan et Find sont, dans la légende irlandaise, des exceptions aux lois générales auxquelles obéit le récit épique. Il n'est pas ordinaire qu'un mort naisse une seconde fois. Mais le fait est arrivé; il est possible: telle est la doctrine celtique. De là les ressemblances que certains auteurs de l'antiquité ont cru reconnaître entre les croyances gauloises et l'enseignement de Pythagore. Ils ont même prétendu que ces ressemblances allaient jusqu'à l'identité.

Alexandre Polyhistor, qui écrivait dans la première moitié du premier siècle avant notre ère, prétend que Pythagore a eu pour disciples les «Galates»[2]. Vers le milieu de ce siècle, un peu après l'an 44, Diodore de Sicile exprime la même opinion en termes plus formels. Chez les Celtes, dit-il, a prévalu la doctrine pythagoricienne que les âmes des hommes sont immortelles, et qu'après un nombre d'années déterminé elles commencent une vie nouvelle en prenant un corps nouveau[3]. Suivant Timagène, qui écrivait un peu plus tard, dans la seconde moitié du même siècle, l'autorité de Pythagore atteste la supériorité du génie des druides, qui ont proclamé l'immortalité de l'âme[4]. Au siècle suivant, entre les années 31 et 39 de notre ère, Valère Maxime, parlant des Gaulois et de leur doctrine sur l'immortalité de l'âme, dit «qu'il les traiterait de sots, si ces porteurs de culottes n'avaient pas sur ce point des croyances identiques à celles que Pythagore professait dans son manteau de philosophe[5]

[1] Voyez plus haut, [p. 45] et suiv.

[2] Alexandre Polyhistor, fragment 138, chez Didot-Müller, Fragmenta historicorum græcorum, t. III, p. 239.

[3] Diodore, livre V, chap. xxviii, § 6; édition Didot-Müller, t. I, p. 271.

[4] Ammien-Marcellin, livre XV, chap. 9.