[3] Un très court résumé de la légende de Crimthann se trouve dans le traité appelé Flathiusa hErenn, Livre de Leinster, p. 23, col. 2, lignes 2–8; Livre de Lecan, f° 295, verso, col. 2; cf. Annales des Quatre Maîtres, édition d'O'Donovan, 1851, t. I, p. 92–95; Keating, Histoire d'Irlande, édition de 1811, p. 408, 409.


§ 9.
Différence entre la légende de Cûchulainn d'un côté, celles de Loégairé Liban et de Crimthann Nîa Nair de l'autre.

La légende de Loégairé Liban et celle de Crimthann Nîa Nair nous offrent ce caractère commun que le héros, au retour du pays mystérieux créé par la mythologie, ne peut descendre de cheval sans s'exposer à une perte certaine. Il semble que telle est la loi commune. Cependant, Cûchulainn et son cocher y échappent. Cûchulainn et le cocher,—je pourrais dire même le char et les deux chevaux, que le système militaire des Celtes primitifs associe d'une manière inséparable à ses exploits,—ont quelque chose de surhumain et sont, à une foule de points de vue exceptés des lois générales auxquelles le reste de la nature est assujetti.

Au retour du pays des dieux, ramenant avec lui la déesse Fand qu'il a épousée, et Loeg son cocher, qui lui a servi de guide, Cûchulainn n'éprouve, ainsi que Loeg, aucun effet de ce voyage. C'est ainsi que, dans l'épopée homérique, rien n'est changé chez Ulysse quand il revient de l'île de Calypso. Cûchulainn, comme Ulysse, a pu sans mourir faire son voyage merveilleux; au contraire, Loégairé et Crimthann, à leur retour du pays inconnu qu'ils ont été visiter, ne sont que des revenants, dans le sens mythique que l'imagination populaire, en France, donne encore à ce mot: des revenants, c'est-à-dire des morts, qui pour un temps fort court ont quitté leur patrie nouvelle afin de revoir leurs parents et leurs amis. Fugitives apparitions, ils ne peuvent toucher terre sans s'évanouir au même instant.

Quand Michel Comyn, ramenant Ossin de la région merveilleuse de l'éternelle jeunesse, le fait survivre sous forme de vieillard caduc à l'accident qui l'a précipité de cheval, il lui confère, par le droit qu'en prenant la plume conquiert tout poète, un privilège contraire à la tradition celtique. Cependant il y a dans cette composition, vieille seulement d'un peu plus d'un siècle, un dernier écho de l'enseignement celtique le plus ancien sur l'immortalité de l'âme. Le Celte croyait que l'âme survivait à la mort, mais il ne concevait pas cette âme sans un corps nouveau semblable au premier; je dis semblable, mais sauf certains caractères: ainsi ce corps nouveau, immortel dans le pays des morts, ne pouvait, sans perdre la vie, toucher du pied la terre des vivants.


CHAPITRE XVI.
CONCLUSION.

§1. D'une différence importante entre la mythologie celtique et la mythologie grecque.—§2. La triade mythologique dans les Vêda et en Grèce.—§3. La triade en Irlande.—§4. La triade en Gaule chez Lucain: Teutatès, Esus et Taranis ou Taranus.—§5. Le dieu gaulois que les Romains ont appelé Mercure.—§6. Le dieu cornu et le serpent mythique en Gaule.—§7. Le dualisme celtique et le dualisme iranien.—§8. Le naturalisme celtique.