Dans la mythologie védique, Varuna, le plus ancien des dieux; Yama, le dieu de la mort; Tvashtri, père du dieu suprême Indra, sont trois formes de la même idée. Yama est le père de la race divine et, par conséquent, d'Indra, comme Tvashtri[1], Varuna aussi reçoit le titre de dieu père[2]. Varuna est dieu de la nuit[3], variante de la mort, qui est le domaine de Yama; il a été vaincu et détrôné par Indra[4] son fils, qui, ailleurs, ayant remporté la victoire sur son père Tvashtri, lui ôte la vie[5]. Ainsi Yama, Varuna et Tvashtri, qui souvent semblent trois dieux distincts, sont, en réalité, trois noms du même dieu, ou trois expressions pour désigner la même conception mythologique.
Dans la mythologie grecque, Brontès, ou le bruit du tonnerre, Stéropès et Argès, deux noms de l'éclair, ont pour origine trois expressions qui désignent deux formes du même phénomène, et on a imaginé que ces trois expressions désignaient trois personnages distincts, réunis en un groupe sous le nom de Cyclopes[6]. C'est une triade dans le sens le plus rigoureux du mot, c'est-à-dire que les Cyclopes sont trois personnifications du même phénomène naturel. Telles sont aussi les Charites, que les Romains ont appelées Grâces[7], et le triple Géryon, personnification de la nuit[8].
Mais les Cyclopes les Charites, et Géryon, n'occupent qu'un rang secondaire dans le Panthéon grec. Les dieux les plus importants, Aïdès, Ennosigaios aussi appelé Poseidaôn, Zên plus connu sous le nom de Zeus, tous fils de Kronos[9], sont au nombre de trois comme les petits dieux grecs et les grands dieux védiques dont nous venons de parler, et comme les dieux celtiques dont il sera question plus loin. Toutefois, dès l'époque à laquelle remontent les documents les plus anciens, le génie grec a donné aux trois fils de Kronos, des attributs tellement distincts qu'il est impossible de les confondre l'un avec l'autre.
[1] Bergaigne, La religion védique, t. I, p. 88.
[2] Id., ibid., t. III, p. 111.
[3] Id., ibid., t. III, p. 116–121.
[4] Id., ibid., t. III, p. 142–148.
[5] Id., ibid., t. III, p. 58–60, 144.
[6] Hésiode, Théogonie, vers 139–145.
[7] Théogonie, vers 907. Cf. Max Müller, Lectures on the science of language, second series, 2e édition, p. 369–376.