§ 8.
Les sources de la mythologie irlandaise.
Dans notre exposé des traditions mythologiques irlandaises, nous suivrons le plan consacré par les plus vieux usages et que nous fait connaître la liste des migrations conservée dans les catalogues des histoires racontées par les file. Malheureusement nous n'avons plus les sept pièces dont ces catalogues nous ont transmis les titres. Mais une composition irlandaise du onzième siècle, le «Livre des conquêtes,» Lebar Gabala, nous en a gardé un abrégé.
Nous prendrons cet abrégé pour base, en le complétant et en en contrôlant les assertions à l'aide de divers auteurs tant irlandais qu'étrangers. Les étrangers sont d'abord l'auteur de la compilation attribuée à Nennius; il écrivait probablement au dixième siècle[1], et chez lui on trouve un résumé fort curieux, bien que malheureusement trop court, des croyances mythologiques admises en Irlande à cette époque. Vient ensuite Girauld de Cambrie, qui a écrit sa Topographia hibernica à la fin du douzième siècle. Les auteurs irlandais sont des chroniqueurs et des poètes.
Parmi les chroniqueurs, un des plus intéressants est Keating, bien précieux malgré la date récente de son livre, qui ne remonte qu'à la première moitié du dix-septième siècle. Mais l'auteur avait à sa disposition des matériaux qui ont été anéantis dans les guerres désastreuses dont l'Irlande a été dans le même siècle le théâtre et la victime. Le poète le plus important est Eochaid ûa Flainn, mort en 984, et par conséquent postérieur de peu d'années à Nennius. Ses œuvres auraient un plus grand intérêt si elles n'étaient si courtes et sans l'excès d'une concision qui produit souvent l'obscurité.
Pour rendre plus claire et plus complète l'idée que les Irlandais païens se formaient de leurs dieux, nous terminerons par une excursion dans les cycles héroïques. Nous dirons quelques mots des relations que, suivant la légende, les héros ont eues avec les dieux, et nous verrons ces relations mythiques se continuer jusqu'à des temps postérieurs à saint Patrice, c'est-à-dire postérieurs au milieu du cinquième siècle, où l'on place en général la conversion des Irlandais au christianisme.
[1] Depuis que ces lignes sont écrites, j'ai reçu, de l'obligeance amicale de M. de La Borderie, un exemplaire de son savant ouvrage intitulé: Etudes historiques bretonnes, l'historia Britonum attribuée à Nennius. Il résulte des recherches de M. de La Borderie qu'une partie du livre composé, dit-on, par Nennius existait déjà au ixe siècle, et que ce livre a été depuis interpolé. La partie relative à la mythologie irlandaise appartient-elle à la rédaction primitive? est-ce une des additions? La solution de cette question me paraît incertaine.
CHAPITRE II.
ÉMIGRATION DE PARTHOLON.
[§1]. La race de Partholon en Irlande. La race d'argent dans la mythologie d'Hésiode.—[§2]. La doctrine celtique sur l'origine de l'homme.—[§3]. La création du monde dans la mythologie celtique telle que nous l'a conservée la légende de Partholon.—[§4]. Lutte de la race de Partholon contre les Fomôré.—[§5]. Suite de la légende de Partholon. La première jalousie, le premier duel.—[§6]. Fin de la race de Partholon.—[§7]. La chronologie et la légende de Partholon.