§ 1.
La race de Partholon en Irlande.—La race d'argent dans la mythologie d'Hésiode.

Des trois races qui, suivant la mythologie grecque, ont successivement habité le monde avant les héros des guerres de Troie et de Thèbes, la seconde en date est la race d'argent, dont le caractère dominant était le défaut d'intelligence. L'éducation des enfants durait un siècle, et, malgré les soins attentifs des mères, la sottise des enfants persistait chez l'homme mûr et remplissait de maux le court espace de temps qui lui restait à vivre[1].

La race d'argent est identique à celle que les documents irlandais les plus anciens placent au début de l'histoire mythique de leur pays. Ils lui donnent le nom de «famille de Partholon[2].» Comme la race d'argent des Grecs, la famille de Partholon se distingue par son ineptie[3].

La première liste des histoires épiques d'Irlande est le plus ancien document où nous rencontrions le nom de Partholon. On y lit le titre: «Emigration de Partholon.» La rédaction de cette liste paraît dater des environs de l'an 700 après Jésus-Christ. Ensuite le texte le plus ancien que nous ayons sur Partholon est un passage de l'Histoire des Bretons de Nennius, qui semble avoir été écrit au plus tard au dixième siècle. «En dernier lieu, y lisons-nous, les Scots venant d'Espagne arrivèrent en Irlande. Le premier fut Partholon, qui amenait avec lui mille compagnons, tant hommes que femmes. Leur nombre, s'accroissant, atteignit quatre mille hommes; puis une maladie épidémique les attaqua, et ils moururent en une semaine, en sorte qu'il n'en resta pas un[4]

Ce court sommaire renferme une inexactitude. Nous verrons que, suivant la fable irlandaise, un des compagnons de Partholon échappa au désastre final, et que son témoignage conserva la mémoire des événements mythiques qui forment l'histoire de cette légendaire et primitive colonisation de l'Irlande.

[1] Hésiode, Les Travaux et les Jours, vers 130–134.

[2] Muinter Parthaloin Chronicum Scotorum, édition Hennessy, p. 8. Par une coïncidence fortuite, ce nom irlandais, dont le P initial ne diffère que graphiquement du B, offre un son identique à celui qu'a pris en irlandais le nom de l'apôtre Barthélémy. Entre la légende de ce saint et celle du personnage mythique irlandais, il n'y a aucun rapport. Partholon, aussi écrit «Bartholan,» semble être un composé dont le premier terme bar signifierait «mer» (Whitley Stokes, Sanas Chormaic, p. 28). Le second terme tolon, en suivant une autre orthographe tolan, paraît être un dérivé de tola «ondes, flots». Ainsi Partholon signifierait «qui a rapport aux flots de la mer». C'est ce que répète en d'autres termes sa généalogie; car, suivant elle, il descend de Baath (Leabhar na hUidhre, p. 1, col. 1, ligne 24), dont le nom veut dire aussi «mer.» Voyez Glossaire d'O'Cléry et Glossaire de Cormac, au mot Bâth.

[3] Voir, dans le chapitre suivant, [§ 3] (p. 50), comment s'explique sur elle Tûan mac Cairill.

[4] «Novissime autem Scoti venerunt de partibus Hispaniæ ad Hiberniam. Primus autem venit Partholonus cum mille hominibus, viris scilicet et mulieribus, et creverunt usque ad quatuor millia hominum, venitque mortalitas super eos, et in una septimana perierunt, ita ut ne unus quidem remaneret ex illis.» Appendix ad opera edita ab Angelo Maio. Rome, 1871, p. 98.