Hésiode, Catalogues, fragment 20, édition Didot, p. 49. A côté de cette doctrine, il y en a une autre qui fait descendre les Grecs de Iapétos. Mais si, dans cette autre conception mythologique, Iapétos se distingue de Kronos, premier ancêtre des dieux, tandis que Iapétos est le premier ancêtre des hommes, Iapétos s'offre à nous comme une sorte de doublet de Kronos: il a le même père et la même mère, Théogonie, vers 134, 137; il est, avec les autres Titans, le compagnon de sa défaite, et il l'accompagne dans son exil; comme les autres Titans, il habite avec lui le Tartare, Iliade, VIII, 479; XIV, 279; Hymne à Apollon, vers 335–339; Théogonie, vers 630–735.
[5] On trouve les deux premiers noms dans la pièce intitulée Echtra Condla, Windisch, Kurzgefasste irische Grammatik, p. 119, 120; Mag môr, dans Tochmarc Etaine, chez Windisch, Irische Texte, p. 132, dernière ligne.
[6] Co-t-gairim do Maig Mell, pièce intitulée Echtra Condla, chez Windisch, Kurzgefasste irische Grammatik, p. 119; cf. Serglige Conculainn, chez Windisch, Irische Texte, p. 209, ligne 30; et 214, note 24.
[7] Novissime autem Scoti venerunt a partibus Hispaniæ in Hiberniam. Primus autem venit Partholanus.» Historia Britonum, attribuée à Nennius, dans Appendix ad opera edita ab Angelo Maio. Romæ, 1871, p. 98. La légende est encore plus défigurée chez Keating. Suivant cet auteur, Partholon arrive par mer de Mygdonie en Grèce; il parcourt la Méditerranée, pénètre dans l'Océan, côtoie l'Espagne en la laissant à droite, et débarque sur la côte sud-ouest de l'Irlande. Un débris de la légende primitive est conservé par la généalogie qui fait Partholon fils de Baath, c'est-à-dire de la Mer. Voir plus haut, [p. 25], note 2. «Fils de la mer» est une formule poétique qui signifie «originaire d'une île de la mer.»
§ 3.
La création du monde dans la mythologie celtique telle que nous l'a conservée la légende de Partholon.
Dans les sources irlandaises, la légende de Partholon est beaucoup plus développée que chez Nennius.
La doctrine celtique sur le commencement du monde, telle qu'elle nous est parvenue dans les récits irlandais, ne contient aucun enseignement sur l'origine de la matière[1]; mais elle nous représente la terre prenant sa forme actuelle peu à peu et sous les yeux des diverses races humaines qui s'y sont succédé. Ainsi, quand arriva Partholon, il n'y avait en Irlande que trois lacs, que neuf rivières et qu'une seule plaine. Aux trois lacs, dont nous trouvons les noms dans un poème d'Eochaid ûa Flainn, mort en 984, sept autres s'ajoutèrent du vivant de Partholon; Eochaid nous apprend aussi leurs noms[2]. Une légende nous raconte l'origine d'un de ces lacs. Partholon avait trois fils, dont l'un s'appelait Rudraige. Rudraige mourut; en creusant sa fosse, on fît jaillir une source; cette source était si abondante qu'il en résulta un lac, et on appela ce lac Loch Rudraige[3].
Du temps de Partholon, le nombre des plaines s'éleva de un à quatre. L'unique plaine qui existât en Irlande s'appelait Sen Mag, «la vieille plaine.» Quand Partholon et ses compagnons arrivèrent en Irlande, il n'y avait dans cette plaine «ni racine ni rameau d'arbre[4].» A cette plaine unique, les enfants de Partholon en ajoutèrent trois autres par des défrichements, dit la légende sous la forme évhémériste qui nous est parvenue[5]; mais le texte primitif parlait certainement de la formation de ces plaines comme d'un phénomène spontané ou miraculeux[6].
[1] Chez les chrétiens irlandais, le terme consacré pour désigner la matière en tant que créée est duil, génitif dulo.