[1] «Tuan fuit in forma viri centum annis in Hêri[nn] iar Fintan; fiche bliadna in forma porci, LXXX anni in forma cervi, centum anni in forma aquilæ, XX bliadan fo-lind in forma picis, iterum in forma hominis co-sentaith co haimsir Finnio mic hui Fhiatach.» Bibliothèque bodléienne d'Oxford, Laud 610, folio 103 recto, col. 2. Nous verrons plus loin l'explication des mots iar Fintan, après Fintan, qui se rapportent à la légende de Cessair.
[2] Giraldus Cambrensis, Topographia Hibernica, III, 2, dans Giraldi Cambrensis opera, édités par Dimock, t. V, p. 142. Au lieu de Tuanus, le nom du personnage est écrit Ruanus, fidèle reproduction d'une faute qui se trouve déjà dans les manuscrits de Girauld de Cambrie.
§ 5.
La légende de Tûan mac Cairill dans sa forme primitive est d'origine païenne.
La croyance à des métamorphoses qui expliqueraient la merveilleuse, science de certains hommes est une conception celtique que nous trouvons aussi dans le pays de Galles. Taliésin raconte qu'il a été aigle[1]. L'idée qu'une âme pouvait en ce monde revêtir successivement plusieurs formes physiques différentes était une conséquence naturelle d'une doctrine celtique bien connue dans l'antiquité. Cette doctrine est que les défunts qui ont laissé dans le tombeau leur corps privé de vie trouvent en échange un corps vivant dans la contrée mystérieuse qu'ils vont habiter sous le sceptre séduisant du roi puissant des morts[2].
C'est la foi à cette universelle métamorphose des humains qui a inspiré la croyance aux métamorphoses étranges de Tûan et de Taliésin. Ainsi la légende de Tûan a ses racines dans un des principes fondamentaux de la théologie des Celtes païens. Il n'est pas du reste le seul personnage dont l'âme ait en Irlande revêtu successivement deux corps d'homme et qui soit né deux fois. Mongân, roi d'Ulster au commencement du sixième siècle, était identique au célèbre Find, mort deux siècles avant la naissance de Mongân: l'âme de l'illustre défunt était revenue du pays des morts animer en ce monde un corps nouveau[3].
Ainsi la survivance de l'âme au corps et la possibilité que l'âme d'un mort prenne derechef un corps en ce monde sont des croyances celtiques, et ces croyances expliquent les transmigrations merveilleuses ou les métamorphoses qui sont un des plus curieux éléments de la légende de Tûan mac Cairill[4].
[1] «Bum eryr,» Kad Godeu, vers 13, chez Skene, The four ancient books of Wales, t. II, p. 137.
[2] «Imprimis hoc volunt persuadere [druides], non interire animas, sed ab aliis post mortem transire ad alios.» César, De bello gallico, livre VI, c. 14, § 5.
.... Vobis auctoribus umbræ
Non tacitas Erebi sedes Ditisque profundi
Pallida regna petunt: regit idem spiritus artus
Orbe alio.