§ 5.
Histoire de Cessair et de ses compagnons depuis leur arrivée en Irlande.

La première chose que firent les trois hommes fut de se partager les femmes. Fintan chanta cette opération en seize vers, où il donne les noms des femmes placées dans chacun des trois lots. Le sien comprit dix-huit femmes, plus Cessair; Bith et Ladru durent chacun se contenter de seize femmes[1].

Il y avait quarante jours qu'ils étaient arrivés en Irlande quand le déluge commença. Les eaux atteignirent successivement Ladru, à la montagne qui de son nom est appelée Ard Ladran; Bith, à la montagne qui reçut de lui le nom de Sliab Betha; et Cessair dans l'endroit qui, à cause d'elle, fut appelé Cuil Cesra[2]. Cessair mourut la dernière avec les cinquante jeunes femmes qui s'étaient réfugiées près d'elle[3]. Fintan, seul, échappa au fléau qui avait ôté la vie à ses deux compagnons et à ses cinquante et une compagnes. Il vécut, dit-on, jusqu'à la septième année du roi Diarmait mac Cerbaill[4], c'est-à-dire, si nous admettons la chronologie du Chronicum Scotorum, jusqu'à l'année 551 de notre ère.

[1] Ce poème se trouve dans le livre de Leinster, p. 4, col. 2, et p. 5, col. 1.

[2] La science d'O'Donovan lui a fait retrouver les endroits où périrent ces premiers habitants de l'Irlande. Ard Ladran était située sur la mer, dans la partie orientale du comté de Wexford, en Leinster; Sliab Betha, aujourd'hui Slieve Beagh, est une montagne située sur la limite des deux comtés de Fermanagh et de Monaghan, en Ulster; on montre encore sur cette montagne le carn ou monceau de pierres sous lequel Bith aurait été enterré. Cuil Cesra, le tombeau de Cessair, était sur les bords de la Boyne. O'Donovan, Annals of the kingdom of Ireland by the Four masters, 1851, t. I, p. 3, notes d, f, g; p. 4, note h.

[3] Un poème attribué à Fintan fait mourir Bith, Ladru et Cessair dans les eaux du déluge. Livre de Leinster, p. 4, col. 2, lignes 8, 9. Un récit plus récent, conservé par Keating (édit. de 1811, p. 154), les fait mourir tous trois avant le déluge.

[4] Lebar gabala, dans le livre de Leinster, p. 12, col. 1, lignes 37–39. Suivant ce texte, Fintan serait né sept ans seulement avant le déluge, en sorte qu'il aurait déjà eu dix-neuf femmes à cet âge si tendre. Peut-être faut-il lire dix-sept ans.


§ 6.
Les poèmes de Fintan.

Pendant ce long espace de temps, il fut témoin d'événements nombreux. On lui attribue des poèmes sur les faits les plus anciens de l'histoire irlandaise. Voici la traduction d'un des principaux: