«Si l'on m'interroge sur l'Irlande, je sais et je puis raconter avec plaisir toutes les conquêtes dont elle fut l'objet depuis l'origine du monde séduisant. D'Orient vint Cessair, une femme, fille de Bith, avec ses cinquante jeunes filles, avec ses trois hommes. Le déluge atteignit Bith sur sa montagne sans mystère; Ladru à Ard Ladrann; Cessair à Cul Cesra. Pour moi, pendant un an sous le déluge rapide dans l'élévation de l'onde puissante, j'ai joui d'un sommeil qui était très bon. Puis, en Irlande, ici, j'ai trouvé au-dessus de l'eau mon chemin jusqu'à ce que Partholon vînt d'Orient, de la terre des Grecs. Ensuite, en Irlande, ici, j'ai joui du repos; l'Irlande était vide jusqu'à ce qu'arriva le fils d'Agnoman, Némed, aux coutumes brillantes[1]. Les Fir-Bolg et les Fir-Galian vinrent longtemps après, et les Fir Domnann aussi; ils débarquèrent à Eris[2], à l'ouest. Ensuite arrivèrent les Tûatha Dê Danann dans leur capuchon de brouillard. J'ai longtemps vécu avec eux, quoique cette époque soit bien éloignée. Après cela, les fils de Milé vinrent d'Espagne et du sud. J'ai vécu avec eux; leurs combats étaient puissants. J'avais atteint un âge avancé, je ne le cache point, quand la foi pure me fut envoyée par le roi du ciel nuageux. C'est moi qui suis le beau Fintan, fils de Bochra; je le dis hautement. Depuis que le déluge est venu ici, je suis un haut personnage en Irlande[3]

On attribue aussi à Fintan des poèmes sur la division de l'Irlande en cinq grandes provinces[4]; sur les petites circonscriptions dites Triocha-ced[5], sur la question de savoir quelles sont les personnes qui ont, les premières, introduit en Irlande diverses espèces d'animaux[6], etc. Un des plus curieux raconte la conversation qu'un jour Fintan eut avec un vieil aigle de l'île d'Aicil sur la plus ancienne histoire de l'Irlande[7].

[1] Niamda a gnas, correction pour nimtha gnas, leçon du livre de Leinster.

[2] Eris, dans le comté de Mayo.

[3] Livre de Leinster, p. 4, col. 2, lignes 4–25; livre de Ballymote, folio 12 recto, col. 2; livre de Lecan, folio 271 verso, col. 1; livre de Fermoy, folio 4 recto, col. 2, d'après Todd, Proceedings of the Royal Irish Academy, Irish manuscripts series, vol. I, part I, 1870, p. 6. Une édition de ce document, accompagnée d'une traduction anglaise, a été publiée dans les Transactions of the Ossianic Society, t. V, p. 244–249. Malheureusement l'auteur ne s'est pas servi du meilleur manuscrit.

[4] Livre de Leinster, p. 8, col. 2, ligne 33.

[5] Trinity College de Dublin, manuscrit H. 3. 18, p. 45, lignes 14 et suiv.; Manuscrits Stowe, 16 et 31, chez O'Conor, Bibliotheca manuscripta Stowensis, p. 91, 146; O'Curry, Cath Mhuighe Leana, p. 106–109; British Museum, manuscrit Egerton 118, p. 110.

[6] British Museum, ms. Egerton 138, p. 99.

[7] British Museum, Egerton 1782, folio 47 recto; Livre de Fermoy folio 99 verso, col. 1, cité par Todd, Proceedings of the Royal irish Academy, Irish manuscripts series, vol I, part I, p. 43; Royal irish Academy, manuscrit coté 23. D. 5, autrefois 46. 4, p. 235.