[7] Il n'est pas question de casques dans les textes irlandais les plus anciens.
§ 7.
Récit de la première bataille de Mag-Tured. Résultat de cette bataille.
La bataille commença le premier jour de la sixième semaine de l'été, c'est-à-dire le 5 juin. Il fut convenu entre les chefs des deux armées qu'il n'y aurait pas d'engagement général, et qu'on mettrait en présence tous les jours un nombre déterminé de guerriers, qui serait égal des deux côtés. De là plusieurs combats successifs où les Tûatha Dê Danann eurent l'avantage. Cela dura quatre jours. Les Tûatha Dê Danann furent définitivement les plus forts. Les Fir-Bolg perdirent même leur roi, qui, ayant quitté le champ de bataille pour aller se désaltérer à une source, fut poursuivi par un parti de Tûatha Dê Danann que commandaient les trois fils de Némed. Cent gardes qui l'accompagnaient ne purent lui sauver la vie. Sa mort a été chantée au douzième siècle[1], au onzième[2], et peut-être même plus anciennement, par des poèmes irlandais qui nous ont été conservés[3]. Comme jusqu'à cette époque, les lances des Fir-Bolg n'étaient pas armées de pointes, il fut, dit-on, le premier roi auquel en Irlande une pointe de lance ôta la vie[4]. Les vainqueurs enterrèrent Eochaid dans l'endroit même où il était tombé; ils élevèrent sur la fosse un grand amas de pierres, ou carn, que l'on prétend avoir retrouvé, et qu'on montre encore aujourd'hui.
Après ces quatre jours de combats où ils avaient eu le dessous, les Fir-Bolg proposèrent aux Tûatha Dê Danann de terminer par une petite bataille à laquelle auraient pris part trois cents hommes de chaque côté; et l'issue de cette lutte finale aurait décidé qui des deux peuples devait rester maître de l'Irlande. Mais les Tûatha Dê Danann offrirent aux Fir-Bolg la paix et la province de Connaught. Ceux-ci acceptèrent, abandonnèrent aux Tûatha Dê Danann Tara leur capitale et le reste de l'Irlande, sauf la province de Connaught où ils se réfugièrent; et au dix-septième siècle Duald mac Firbis, célèbre généalogiste irlandais, trouvait encore dans le Connaught des familles irlandaises, qui par une longue suite d'ancêtres, prétendaient remonter aux Fir-Bolg établis dans cette province à la suite de la première bataille de Mag-Tured[5].
Nous n'avons pas à nous prononcer ici sur la valeur de ces prétentions nobiliaires. Mais la vérité semble être que les Fir-Bolg sont une population qui a réellement existé. Fir-Bolg, dans les récits modernes, est une formule abrégée pour désigner les trois peuples des Fir-Bolg, des Fir-Domnann et des Galiôin, dont le second était le plus important. Ayant disputé le sol de l'Irlande à la race irlandaise moderne, c'est-à-dire au rameau le plus occidental de la race celtique, qu'ils précédèrent dans cette contrée, ces peuples furent associés par la légende mythologique aux dieux méchants, aux dieux de la nuit et de la mort, qui, sous le nom de Fomôré, sont les adversaires des dieux bons, des dieux de la lumière et de la vie, connus sous le nom de Tûatha Dê Danann. Ceux-ci sont vainqueurs dans la bataille de Mag-Tured, d'abord unique, mais dont on a fait ensuite deux batailles. Nous avons terminé le récit de la première, nous arriverons bientôt à la seconde.
[1] Poème de Tanaidé O'Maelchonairé, mort en 1136, Livre de Leinster, p. 8, col. 1, lignes 33–40. Cf. O'Curry, On the manners, t. II, p. 237.
[2] Poème de Gilla Coemain, dans le Livre de Leinster, p. 127, col. 1, lignes 46–47.
[3] Poème attribué à Columb Cille, Livre de Leinster, p. 8, col. 1, lignes 33–40, lignes 47 et suivantes.