[1] Dinn-senchus, dans le Livre de Leinster, p. 169, col. 1; p. 214, col. 2.
§ 3.
Le file Corpré. Fin du règne de Bress.
Un soir, cependant, un file se rendit à la cour: c'était Corpré, dont la mère Etan[1] était elle-même une femme de lettres[2]. Il était de la race des Tûatha Dê Danann. Le roi lui fit donner une petite chambre sans lumière ni feu, où il n'y avait d'autre mobilier qu'une petite table sur laquelle, après une longue attente, on lui servit trois pains secs. Corpré se vengea par une satire en quatre vers:
Point de mets sur plats rapides,
Point de lait de vache pour faire grandir les veaux;
Point d'asile pour l'homme qui s'égare dans les ténèbres;
Point de salaire pour la troupe de conteurs d'histoires: que telle soit la prospérité de Bress[3]!
Ce fut, dit-on, la première satire qui ait été composée en Irlande[4]. On sait la puissance magique que les satires des file exerçaient sur l'esprit du peuple. Celle-ci mit fin au règne de Bress; les Tûatha Dê Danann opprimés se soulevèrent, et, sans essayer de résistance, Bress prit la fuite, abandonnant à Nûadu le trône et Tara, alors, comme à l'époque héroïque, capitale de l'Irlande. Ce fut ainsi que la science des file remporta sa première victoire.
[1] Glossaire de Cormac, aux mots Cernine et Rîss. Whitley Stokes, Three irish glossaries, p. 11, 39, cf. 43, 44; Sanas Chormaic, p. 37, 144, cf. 159. Poème attribué à Eochaid hûa Flainn, dans le Livre de Leinster, p. 10, col. 2, ligne 33.
[2] Etan, en moyen irlandais Edan, est à la fois le nom d'une déesse et celui d'une composition poétique. «Edan, ingen Dian-Cêcht, bannlicerd, de cujus nomine dicitur edan idon aircedul.» Glossaire de Cormac, dans le Leabhar Breac, p. 267, col. 1, lignes 5, 6. Whitley Stokes, Three irish glossaries, p. 19; Sanas Chormaic, p. 67, a corrigé avec raison Etan.
[3] Voir plus haut, t. I, p. 260.
[4] Is-î-sein cêt-âer dorônad in-Érinn. Commentaire de l'Amra Choluim Chilli, dans le Leabhar na-hUidhre, p. 8, col. 1, lignes 27, 28. Cf. O'Beirne Crowe, The Amra Choluim Chilli, p. 26, et Livre jaune de Lecan, manuscrit H. 2. 16 du Collège de la Trinité de Dublin, col. 805.