§ 6.
Revue des gens de métiers par Lug.
Quand il fut question d'organiser l'armée qui devait combattre les Fomôré, Lug fut chargé avec Dagdé d'indiquer aux hommes des différents corps de métiers quelle fonction ils auraient à remplir dans le combat. Lug et Dagdé appelèrent devant eux les forgerons, les ouvriers en bronze, les charpentiers, les médecins, les sorciers, les échansons, les druides, les file, et convinrent avec chacun de ce que chacun devait faire pendant la bataille qui allait se livrer contre les Fomôré[1].
Le premier des hommes de métier qui se rendirent à l'invitation de Dagdé et de Lug fut Goibniu le forgeron. «Quel concours pourrez-vous nous donner?» lui demanda Lug.—«Je ferai,» répondit Goibniu, «les nouvelles armes dont on aura besoin; quand la bataille durerait sept ans, on peut compter sur moi pour remplacer les lances dont le fer se séparera de la hampe et les épées qui se briseront. Avec les lances fabriquées par moi, jamais un guerrier ne manque son coup, et la chair que ce coup atteint cesse pour jamais de jouir des douceurs de la vie. Dub, le forgeron des Fomôré, n'en peut pas dire autant.»
Après Goibniu le forgeron vint le tour de Creidné, l'ouvrier en bronze.—«Et vous, Creidné,» demanda Lug, «quel service nous rendrez-vous?»—«Je fabriquerai,» répondit Creidné, «pour tous les hommes de notre armée, les rivets qui fixent aux hampes les pointes des lances. Je fabriquerai la poignée des épées, la saillie centrale, ou umbo, et la bordure des boucliers dont nos guerriers auront besoin.»
Après Creidné, Lug passa à Luchtiné le charpentier.—«Et vous, Luchtiné,» lui demanda-t-il, «quelle aide nous donnerez-vous?»—«Je fournirai,» répondit Luchtiné, «autant de boucliers et de hampes de lances qu'il en faudra[2].»
Les autres gens de métier se présentèrent ensuite; chacun fut interrogé; le rôle de chacun, pendant l'action, fut déterminé par Lug. .
[1] Manuscrit du British Museum, Harleian 5280, analysé par O'Curry, Lectures on the manuscript materials, p. 249.
[2] British Museum, manuscrit Harléien 5280; O'Curry, On the manners, t. II, p. 248–249.