[1] Echtra Connla, publié d'après le Leabhar na hUidhre, manuscrit de la fin du onzième siècle, par Windisch, Kurzgefasste irische Grammatik, p. 120.

[2] Livre de Leinster, p. 187, colonne 2, ligne 26. J'ai supprimé la plus grande partie de la glose dont ce vieux morceau est accompagné; l'auteur ou les auteurs de cette glose, sachant le sens de chaque mot, ne comprenaient pas l'ensemble du passage.

[3] Glossaire de Cormac, au mot Tethra, Whitley Stokes, Three irish glossaries. p. 42.


§ 13.
Le corbeau et la femme de Téthra.

La mythologie celtique prétendait donner à la mort des attraits bien supérieurs à ceux de la vie. Mais elle ne parvenait pas à supprimer un des plus vifs sentiments de la nature. Aussi la messagère de la mort n'a-t-elle pas toujours, dans la littérature irlandaise, les traits séduisants sous lesquels elle apparaît dans la légende de Connlé.

Quand les dieux se rendent visibles, la forme qu'ils revêtent est souvent celle d'oiseaux. Les oiseaux divins des Tûatha Dê Danann, c'est-à-dire des dieux de la lumière et de la vie, ont un joli plumage[1]; ils vont par couples, les deux têtes emplumées sont réunies par une chaîne ou un joug d'argent[2]. Lorsque Lug, le vainqueur de la bataille de Mag-Tured, veut donner le jour au célèbre héros Cûchulainn, sa venue est annoncée par l'apparition d'une troupe de ces oiseaux. Il y en a neuf fois vingt, en neuf groupes de vingt chacun, allant deux à deux; les uns portent des jougs d'argent, les autres des chaînes du même métal.

Mais tels ne sont pas les oiseaux qui annoncent la présence des Fomôré, dieux de la mort et de la nuit: ces oiseaux sont des corbeaux ou des corneilles. La femme de Téthra, c'est la femelle du corbeau ou de la corneille; c'est l'oiseau à plumage lugubre qu'on voit voltiger sur les champs de bataille et qui, après le combat, déchire de son bec sanglant la poitrine nue et livide des morts décapités et restés sans sépulture. Un manuscrit de la fin du onzième siècle nous a conservé un quatrain composé par un poète du neuvième siècle:

Ce que désire la femme de Téthra, c'est le feu du combat;
C'est le flanc des guerriers déchiré par le glaive,
C'est le sang, ce sont les cadavres sous les cadavres;
Yeux sans vie, têtes tranchées, voilà les mots qui lui plaisent.

Et un vieux grammairien irlandais écrivant, au plus tard vers la fin du onzième siècle, des gloses sur les mots obscurs de ce quatrain, a expliqué «femme de Téthra» par un substantif irlandais qui veut dire «corneille» ou «corbeau[3]