Pendant les longues soirées d'hiver, les morceaux épiques ou histoires compris dans ces quatre sections étaient débités par les file aux rois entourés de leurs vassaux dans les grandes salles de leurs dûn ou châteaux[1]. Les file récitaient aussi ces histoires aux foules qu'attiraient les grandes assemblées périodiques du 1er mai ou Beltené, du premier août ou Lugnasad, et du 1er novembre ou Samain, dont une des plus célèbres est celle qui se tenait à Usnech le 1er mai, ou jour de Beltené.
Usnech était considéré comme le point central de l'Irlande; un roc naturel servant de borne indiquait le point d'où partaient les lignes séparatives des cinq grandes provinces (en irlandais coicid ou «cinquièmes»), entre lesquelles se partageait l'Irlande. C'est là que d'ordinaire, le 1er mai, les mariages annuels se rompaient et que des liens nouveaux succédaient à ceux que la coutume avait brisés. A ces assemblées, on rendait des jugements, on réformait les lois, les rois recrutaient des soldats, les négociants venaient offrir leurs marchandises à des populations ordinairement dispersées sur toute la surface d'un vaste territoire où le commerce ne pouvait les atteindre; enfin les file trouvaient, pour leurs récits épiques, de nombreux auditoires[2]. Sans avoir la prétention au même succès, nous allons reprendre les récits de ces vieux conteurs. Nous commencerons par le cycle mythologique.
[1] Scêl as-am-berar com-bad-ê Find, mac Cumaill, Mongân, dans le Leabhar na h-Uidhre, p. 133, col. 1, lignes 29–31.
[2] Sur les récits épiques des file dans les assemblées publiques d'Irlande, voyez la pièce intitulée Aenach Carmain, publiée chez O'Curry, On the manners, t. III, p. 526–547. Les quatrains 58–65 concernent ces récits. Le versificateur irlandais a intercalé dans ses vers six mots qui, dans les catalogues, servent de titre à autant de sections: togla ou «prises de villes,» tâna ou «enlèvements de troupeaux,» tochmorca ou «demandes en mariage,» fessa ou «fêtes,» aitti ou «morts violentes,» airggni ou «massacres.» Il cite aussi plusieurs pièces bien connues, comme Fianruth Fiand, Tecusca Cormaic, Timna Chathair (cf. Livre de Leinster, p. 216, col. 1, lignes 19–34).
§ 4.
Le cycle mythologique irlandais. Les races primitives dans la mythologie irlandaise et dans la mythologie grecque.
Les morceaux qui appartiennent au cycle mythologique sont épars dans les divers chapitres[1] dont nos catalogues se composent. Mais ceux de ces morceaux que l'on peut considérer comme fondamentaux appartiennent au chapitre intitulé Tochomlada ou émigrations. Sur les treize pièces que ce chapitre comprend, sept sont mythologiques:
1° Tochomlod Partholoin dochum n-Erenn, émigration de Partholon en Irlande;
2° Tochomlod Nemid co h-Erind, émigration de Nemed en Irlande;
3° Tochomlod Fer m-Bolg, émigration des Fir-Bolg;