Tochomlod Tûathe Dê Danann, émigration de la nation du dieu de Dana ou des Tûatha Dê Danann;

Tochomlod Miled, maic Bile, co h-Espain, émigration de Milé, fils de Bilé en Espagne;

Tochomlod mac Miled a Espain in Erinn, émigration des fils de Milé, d'Espagne en Irlande;

Tochomlod Cruithnech a Tracia co h-Erinn ocus a tochomlod a Erinn co Albain, émigration des Pictes de Thrace en Irlande et d'Irlande en Grande-Bretagne.

Ces titres suffisent pour nous montrer qu'une des parties les plus importantes de la mythologie irlandaise racontait comment diverses races divines et humaines étaient venues successivement s'établir en Irlande. Ainsi la littérature irlandaise met à l'origine des choses une série de faits mythiques qui présentent une grande analogie avec une des conceptions les plus connues de la mythologie grecque. Voici comment s'exprime Hésiode dans le poème dont le titre est: Les Travaux et les Jours.

«La race d'or des hommes doués de parole fut celle que créèrent la première les immortels habitants des palais de l'Olympe; cette race exista sous Kronos, quand il régnait dans le ciel. Ces hommes vivaient comme des dieux, l'esprit sans inquiétude, loin des fatigues et de la douleur; ils n'éprouvaient aucune des misères de la vieillesse, leurs pieds et leurs mains avaient toujours la même vigueur; ils passaient leur vie dans la joie des festins, à l'abri de tous maux, et ils mouraient comme domptés par le sommeil. Pour eux toute chose tournait à bien; le champ fertile leur produisait, sans culture, des fruits abondants, dont il n'était jamais avare. Ceux qui récoltaient se faisaient un plaisir de partager paisiblement avec leurs nombreux et bons voisins. Et quand cette race eut été ensevelie dans les entrailles de la terre, elle se transforma, par la volonté du grand Zeus, en démons bienfaisants qui habitent la terre et y sont les gardiens des hommes mortels. Ils observent les bonnes et les mauvaises actions; invisibles dans l'air qui leur sert de vêtement, ils se promènent sur toute la terre, distribuant les richesses: telle fut la royale prérogative qu'ils obtinrent.

Une seconde race, beaucoup moins bonne, celle d'argent, fut ensuite créée par les habitants des palais de l'Olympe; elle n'était comparable à la race d'or ni par le corps ni par l'esprit. Pendant cent ans, l'enfant élevé par sa mère attentive grandissait inepte dans la maison; mais quand il avait atteint la puberté et le terme de l'adolescence, il ne vivait plus que peu de temps, et c'était dans la douleur, à cause de sa stupidité; car ces hommes ne pouvaient s'abstenir de commettre l'injustice les uns envers les autres. Ils refusaient le culte aux Immortels et les sacrifices aux Tout-Puissants sur les autels sacrés, violant ainsi le droit et la coutume. Alors, Zeus, fils de Kronos, leur ôta la vie, irrité contre eux parce qu'ils ne rendaient pas d'honneurs aux dieux bienheureux qui habitent l'Olympe. Mais quand la terre eut recouvert ces hommes, on leur donna le nom de puissants mortels souterrains; ils occupent le second rang: toutefois, comme les premiers, ils sont entourés d'honneurs.

Alors Zeus créa une troisième race d'hommes doués de parole, celle d'airain, qui ne fut en rien semblable à celle d'argent. Issue des frênes, elle était forte et robuste; ce qui l'occupait c'étaient les œuvres douloureuses et injustes d'Arès, dieu de la guerre. Ils ne mangeaient pas de froment; leur vigoureux et redoutable courage ressemblait à l'acier. Leur force était grande; des mains invincibles terminaient les bras qui s'attachaient à leurs corps puissants. D'airain étaient leurs armes, d'airain leurs maisons; c'était l'airain qu'ils travaillaient, le noir fer n'existait pas encore. Ils s'enlevèrent eux-mêmes la vie par leurs propres mains et allèrent dans la maison putride du froid Aïdès. Quelque redoutables qu'ils fussent, la noire mort se saisit d'eux et ils quittèrent la brillante lumière du soleil.

Mais quand la terre eut aussi recouvert cette race, Zeus, fils de Kronos, en créa une quatrième sur la terre féconde. Celle-ci, plus juste et meilleure, a donné les hommes héroïques et divins de la génération qui nous a précédés qu'on appelle demi-dieux dans la Terre immense. La guerre fatale et les durs combats leur ont ôté la vie. Les uns sont morts près de Thèbes aux Sept-Portes, dans la terre de Cadmus, en livrant bataille à cause des brebis d'Œdipe; les autres, franchissant sur leurs navires la vaste étendue de la mer, allèrent à Troie à cause d'Hélène à la belle chevelure, et la mort les y enveloppa.

Zeus, fils de Kronos, les séparant des hommes, leur a donné la nourriture et une demeure aux extrémités de la terre, loin des immortels. Kronos règne sur eux: ils vivent, l'esprit libre de souci, dans les îles des Tout-Puissants, près de l'Océan aux gouffres profonds, ces héros bienheureux auxquels un champ fécond, qui fleurit trois fois l'an, produit des fruits doux comme le miel[2]